trop-plein d'émotions, risque de débordements à prévoir

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Mardi soir, donc, cf billet précédent, fin des travaux à la salle de bain, diner en famille autour de farcis végétariens (le comté dans la farce c'est pas mal, le poivron mi-cuit aussi), dodo.
 
Mercredi, journée record. Bien commencée, au pays des chatons, j'y suis à huit heures puisqu'on m'a gentiment répercuté les heures de la fille de lundi, mystérieusement absente. Ménage à fond de la baraque, sous une pluie tonitruante, à consoler les chats, réfugiés sous la véranda, entre deux coups d'oeil à mon patient assoupi. Départ midi et demi, une heure plus tard que d'hab, je zappe le déjeuner pour aller récupérer mon bipeur à péage (le tunnel que je prends toutes les semaines me coûtera donc trente centimes de moins à chaque passage, une misère, à peine l'équivalent d'un mois de tabac sur l'année, mais c'est toujours ça de pris) avant d'enchainer avec mon patient de l'aprèm, en fait, sa mère, dont je fais les courses. La fatigue et la faim s'accumulant, je fais n'importe quoi, prends un paquet de pâtes au lieu de deux, oublie les bonbons casher sur le tapis de caisse, finis par trouver des sandwichs en plastique payables par carte bleue, il est temps, l'heure du goûter est passée. Je pars de chez elle, le temps de rattraper mes conneries il est dix-neuf heures au lieu de dix-huit, et je dois encore faire de l'essence avant d'aller à Mimet, sinon je rentre en poussant la caisse. Sur le Jarret, plus encombré qu'une heure de pointe, je tente l'escalade de trottoir pour faire du jus à la première station possible, râcle le bas de caisse, constate que la machine ne délivre pas le ticket dont j'ai besoin pour me faire rembourser, repars, et me tâte : et si j'envoyais franco la bagnole dans un poteau, histoire d'avoir une raison explicite d'arrêter de bosser ? J'arrive chez les frangins, heureusement le plus jeune est couché, j'y passe quand même deux heures, repars, tourne un bon quart d'heure avant de trouver une place, croise vaguement André, qui me débarrasse de la glacière (aller chez Ed toutes les semaines pour ma patiente, et ne pas en profiter ? nan...), note mes heures au radar et vais m'effondrer. Bilan : départ sept heures trente de la maison, retour vingt-deux heures quarante-cinq, quatorze heures de boulot. Penser à rappeler à la responsable que les petites cases sur le planning, c'est des heures de vrai boulot pour moi, donc la prochaine fois qu'elle me les remplit sans me demander mon avis, elle se fera envoyer chier.
 
Voilà, fallait que ça sorte. Parce que concrètement, ça, plus les douze ou treize heures de vendredi et samedi, plus le barbec chez Julien (je suis pas non plus un zombie, j'ai une vie privée, et voir Sido, même crevée, et Chloé, même bourrée, ça fait partie des plaisirs de la vie), ça fait que dimanche, j'ai dormi. Tard. Et siesté, deux heures avec un chat sur le ventre. Et quelque part, tant mieux, comme ça, j'étais en forme pour aller écouter Lucile, une grande première depuis la chorale. Au premier morceau, j'ai pleuré, direct. A tous les autres, j'ai halluciné - une star, mais le genre Garbo, enfin j'en sais rien j'ai pas vu ses films, mais Lucile, métamorphe, transformée, époustouflante. Fabuleuse d'espièglerie et de naturelle en petite servante se moquant des serments de fidélité masculins. Désespérément envoûtante en Juliette, priant que le vent porte son chant d'amour à Roméo exilé alors qu'elle est contrainte d'en épouser un autre. Magistrale, sans faille, quand Mozart explore à outrance les possibilités de la voix - elle peut tout. Avec Amandine, pianiste virtuose à son égal, elles forment un duo puissant, lumineux, transfigurant.
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Publié dans petites histoires

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