C'est toujours un grand bonheur, quand, peinturlurée comme un perroquet sous acide, les cheveux luisant de white spirit, les narines envapées par le St-Marc, de la colle à papier peint en guise d'ombre à paupière, quelques bleus sur les cuisses, un ou deux ongles cassés, et la voix éreintée par les insultes indifférement lancées au chat et aux outils, Bricol Girl, au sommet du glamour en vieille culotte et débardeur difforme, contemple le résultat, enfin abouti, de quinze jours de travaux. Car ça y est, la salle de bains est finie !!
Voilà donc le préambule de l'article que je brouilonnais il y a une semaine, puisqu'ayant invité ma mère et son compagnon à diner mardi, j'étais bien forcée de ne pas éterniser le chantier - fallait bien que maman soit fière de moi devant nos hommes respectifs, elle qui m'a légué son goût pour la fouille de poubelles, la déco d'intérieur et le patouillage initiatique aux techniques auxquelles on connait rien mais c'est pas un prétexte pour pas s'y atteler. Elle, ils, tout le monde a admiré le résultat, à commencer par moi, qui hallucine d'ailleurs un peu que ça ne fasse que si peu de temps, tellement c'est mieux, beau, évident, agréable, maintenant que c'est fini.
Bien sûr, il y a eu des surprises - sinon c'est moins drôle. L'état du mastic autour de la baignoire - pas de cutter intempestivement planqué dedans, mais une belle collection de moisissures, et un récurage frénétique à la clé. Le fait que la peinture pour salle de bains ne se vend que par bidons de deux litres et demi, que la marque que j'avais n'existe plus ("Mais peut-être que le magasin où vous l'aviez trouvée en a encore en stock, non ? - Quatre ans après, ça m'étonnerait..."), et que refaire sur mesure la teinte déjà étalée sur les murs m'aurait coûté l'équivalent d'une petite journée de salaire - bon, ben y a plus qu'à repeindre toute la pièce pour rentabiliser le pot, et puis deux couches de monocouche, ça devrait tenir un moment. L'émouvante découverte, archéologiquement parlant, de tâches de peintures verte et mauve sur le lino, gratté au scotch brite centimètre par centimètre - il est toujours aussi moche, mais au moins il est propre. Le constat rassurant que la penderie ne s'effondre pas sous mon poids et résiste à mes acrobaties, contrairement au couvercle du coffre posé dessus - sauf quand la porte de ladite penderie a des velléités d'indépendance alors que mon pied a malencontreusement atterri dessus, ce qui me laisse une demi-seconde pour rattraper le coup avant de me lacérer le cul sur ledit couvercle, relégué là-haut pour qu'on ne voit pas trop que ses lattes sont défoncées (oui, il vient d'une poubelle). La descente hâtive et nonchalante de l'échelle, droit sur le rebord de la bassine pleine de colle à papier peint, avec pour résultat que mon orteil n'est pas cassé, mais la bassine, si - tant mieux, elle était rose...
Et puis il y a eu les gratifications, quand même :) La netteté de mes joints, malgré l'oubli du scotch pour faire des bordures bien droites. La frise de coquelicots, qui tient malgré mon mélange expérimental de poudre et d'eau - vais pas m'emmerder à faire de la colle pour sept mètres de papier peint, et encore moins me faire chier à convertir en cuillères à soupe les quantités préconisées ! Mes petits animaux collés un peu partout, surtout mon copain l'hippopotame au-dessus du lavabo (qui me rappelle que je dois me laver les dents un peu de temps en temps), et le zèbre facétieusement posé sur le papier occultant de la fenêtre histoire d'avoir des rayures en rab. Au final, c'est net, même si vu comme ça, oui, ça fait très jaune...