Fou, comme quatre planches et quelques tableaux suffisent à changer l'atmosphère d'une pièce. Il y a dix jours, c'est décidé, nous partons en mission planches avec André, lui pour sa mezzanine, moi pour la bibliothèque, et mon père pour le gros oeuvre. Rendez-vous est pris au Point P de Gardanne, on charge quatre fois quatre mètres de bois dans le camion de papa, direction chez lui, où il coupe et ponce planches et tasseaux aux bonnes mesures, histoire que ça rentre dans la voiture et qu'il évite à son poussif engin un aller-retour à Marseille (pour les estrangers, il habite à Meyreuil, du côté d'Aix). Son entrain est contagieux et son matos, redoutable - la ponceuse à bande qui fait tant rêver André demande un maintien ferme de l'établi, sinon elle envoie tout par terre au premier contact.
Après deux heures à sniffer de la sciure, on repart pour Leroy-Merlin, André n'ayant pas trouvé son bonheur chez le grossiste. Chariot adéquat, flânerie dans les rayons (rappelons que pour nous, les magasins de bricolage, c'est un peu comme Toys'R'Us pour un môme à l'approche de Noël...), et grosse angoisse existentielle sur le parking : mais comment allons-nous bien pouvoir rentrer tout ce bois dans la voiture ?? Le siège avant s'incline, mais l'appuie-tête ne s'enlève pas, les planches en deux mètres quarante de long menacent de crever le pare-brise (oui parce que bien sûr, les scies à plateau du magasin ne sont pas équipées pour couper ce qu'on achète, au fallacieux prétexte que dix centimètres de large ça fait des doigts en moins pour les employés), et faut penser qu'on est deux humains à vouloir rentrer avec les planches, aussi. Après une affolante minute où je redoute d'avoir à appeler mon père (en plein diner familial avec sa frangine d'Angers) pour nous rapatrier piteusement à la maison, on mobilise vaillament notre niveau 2 en Tétris, et on finit par trouver la combo gagnante, au prix d'un peu de mousse écrasée (celle du siège avant, bien fait), d'un peu de subtilité pour passer la cinquième vitesse, et de beaucoup de sciure un peu partout. Bilan : avant, une voiture de fonction, un peu sale certes mais globalement habitable, après, le repaire d'un ours qui aurait fait ses griffes dans une pinède :)
Le bois est déchargé, André peut attaquer sa mezzanine, et je m'attelle à la bibliothèque. Ayant feinté la perceuse en la mettant en charge deux jours avant, je passe l'après-midi du jeudi à creuser les murs, inaugurant même mes forets à métal, suite à des résistances suspectes dans les murs. Après les livres, au tour du bureau, la planche qui me servait de cafoutch au pied du lit dans l'appart précédent se voit débitée en une espèce de quadrilatère bâtard, et comme il n'y a pas deux côtés aux mêmes dimensions, c'est encore un peu foireux, mais on verra les détails une autre fois. Les étagères du salon migrent dans la chambre, bien plus pratique pour ranger les vêtements, et celle qui me servait de bureau retourne chez Emmaüs après quatre ans de bons et loyaux services.
Le rideau dans la chambre, pratique mais moche, est bien sûr voué à disparaitre - je veux bien de la couleur chez moi, mais ce violet, c'est pas possible, y a pas marqué Valérie Damidot sur mon front.
Voilà pour les accomplissements de la semaine dernière, et en guise de bricolage lourd, il ne reste plus que l'entrée. J'hésitais vaguement sur les couleurs dominantes à y mettre, ma mère m'ayant fortement recommandé de repeindre les chambranles de porte - ben quoi, c'est bien, jaune, et puis ça va bien avec le orange du store - sauf que ce store, bien que fixé tout à fait horizontalement, doit souffrir d'un défaut de fabrication intrinsèque qui l'amène à se relever en biais, ce qui est assez pénible, d'abord parce que c'est chiant à manipuler, et ensuite parce que comme il cache mon outillage, je suis amenée, moi, à l'ouvrir plusieurs fois par semaine (oui, ne serait-ce que pour prendre un mètre ou un cutter). Les plinthes du haut sont d'un vert salle de bain plutôt immonde, les tuyaux s'ornent d'une admirable collection de poussières, le sol est en tomettes, et trop de rouge tue le rouge. La solution s'est imposée en faisant le tri des tableaux, hier après-midi : l'entrée sera en vert. Ca va bien avec le rouge, ça me permet de caser quelques tableaux auxquels je tiens, et ça mettra une touche de fraicheur au milieu de mes exubérances acryliques. Et comme classer des tableaux, c'est bien, mais que planter des clous, c'est mieux, je me suis éhontément inspirée du pêle-mêle de la chambre de ma cousine pour le salon.
En bonus, les perroquets de la fenêtre (merci Cilou !).