ghost in the shell
C'est un fait établi que j'aime ma voiture, et tous ceux qui y sont monté peuvent le confirmer. Malheureusement, ça n'est manifestement pas réciproque. Voilà trois ans que je la conduis la plupart de l'année, et il ne se passe pas trois mois sans qu'elle me gratifie d'une tuile gratinée. Certes, certes, je ne vérifie ni le niveau d'huile ni la pression des pneus, et quand je la lave il pleut le lendemain, mais je trouve ses vengeances assez capillo-tractées. Pour mémoire, nous avons eu un pneu éclaté dans un rond-point avec mamie parkinsonienne à faire descendre le temps de monter le cric ; un autre à l'heure de pointe au confluent de deux autoroutes ; des plaquettes de frein élimées à la moëlle découvertes inopinément (vive les crevaisons, finalement) ; une courroie non identifiée brûlée par un soir frisquet de novembre (toujours sur l'autoroute) ; un pare-choc explosé une veille de vacances ; un cruel manque d'huile un quinze août à une heure du matin en pleine garrigue aixoise, bref, on sent qu'il y a de la recherche. Non pas que les véhicules de remplacement qu'on me fournit de temps à autre soient exempts de tares, loin de là - le coup des plaquettes ça fait toujours rire, le défaut de contrôle technique permet d'intéressantes rencontres avec la maréchaussée, et les essuies-glaces qui tartinent artistiquement le pare-brise m'ont fait maudire cet hiver pourri dont nous sortons à grand'peine. Mais là, chapeau.
Mercredi soir, je rentre directement chez André, me gare à l'arrache sur un passage piéton, et laisse mes warnings histoire de prévenir l'entourage (le running gag sur le pare-choc, ça va aller). C'est pas la première fois que ça m'arrive, et je flippe un peu que ça vide la batterie, mais a priori, c'est comme les quarante bornes sur la réserve d'essence : tendu, mais jouable. Sauf que. Le temps de se poser, de diner, de digérer, d'attendre le retour de Fanny et de faire ses books de photos, on repart pour la maison il est une heure et demi bien tassée, et ça fait, oh, quatre heures que titine clignote gentiment. Je m'installe au volant, André attend sagement que la portière soit dégagée de tout poteau, je tourne la clé, j'attends que le petit voyant de préchauffage s'éteigne, je tourne encore un peu la clé, et là, poin poin poin poin, nada. Batterie à plat...
On a bien essayé de la manoeuvrer pour la faire démarrer en seconde, mais pousser un machin de cinq cent kilos à reculon en légère côte en plein carrefour, en fait, c'était pas possible. Même quand j'ai compris que si les roues refusaient de tourner, c'était pas parce que sans électricité la direction devient insistée, mais simplement parce que le nehman bloquait le volant. Donc retour à pied, moitié riant moitié pestant, coup de fil le lendemain matin à la responsable des voitures, dépannage par le garagiste, et petite visite à son atelier pour installer une batterie neuve - et oui, elle n'était pas que déchargée, ça aurait été trop facile. L'esprit dans le moteur tient bien son standing...
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