chat noir, route blanche

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Il avait donc été décidé que, profitant de la voiture du chéri de ma mère, tous deux en lune de miel à la Réunion, je monterais voir Sido dans son bled paumé des environs de Montélimar. Comme, si tout devait bien se passer, ça serait quand même beaucoup moins drôle, et comme Sido a un aimant à merde supersonique d'une taille au moins égale à ma propre bonne étoile, il a fallu que j'apprenne, au JT de dimanche soir, qu'un "épisode neigeux inhabituel" était présentement en train de recouvrir la moitié sud du pays - sauf Marseille, qui fait jamais rien comme tout le monde.
Du coup, lundi matin, je m'tâte : partirai-je, partirai-je pas ? Les routes sont "en cours de déneigement", pas de bus, pas de poids lourds, mais la vague de froid poursuit son périple vers les collègues transalpins, on peut espérer du beau temps. Après moult textos dubitatifs avec la petite miss, je me dis que voilà un exploit dont je pourrais être fière, moi qui répugne à sortir le cul de chez moi et qui suis obligée de brailler à tue-tête avec des chanteuses écossaises pour assumer le 130 sur autoroute. Et puis Sido a besoin de ses tissus en prévision du marché d'avril, et j'apprécierais de récupérer un peu de place sous mon lit. Donc, let's go. Check-list, provisions de tabac, échange de voitures, décrassage du pare-brise (si mon chef voyait la Xsara d'Arno il comprendrait pourquoi je m'offusque qu'il trouve ma Clio sale), retour à la maison, chargement de la voiture, pchit de sent-bon anti-malbak (un affront pour mes narines habituées au drum), réglage du volume, sandwich pour la route, et roulez petit bolide.
L'autoroute est impeccable, quelques poids lourds mais peu de monde, voiture super réactive donc vite à l'aise malgré ces 20 km/h de plus que ma moyenne, bas-côtés enneigés à partir de St Rémy de Provence, ma mère ne voulait pas que je parte mais après tout, j'allais à Robion par cette même autoroute à vingt ans, je peux bien faire cent bornes de plus maintenant que j'ai pris dix ans. Sortie à Montélimar, péage (bam ! dix euros à vot'bon coeur), pause sur le parking du Décathlon aux si charmants vendeurs, texto de Sido, on se retrouve sur la route de Sauzet, on traverse des bleds aux noms plus poétiques les uns que les autres, La Laupie, Cléon d'Andran (imaginez quand vous êtes enrhumés...), et enfin Puy Saint Martin - oups, sa rue est étroite et déneigée à la pelle, mais le créneau en marche arrière piétine gentiment les vingt centimètres de neige et ça y est, j'y suis arrivée !
Petite soirée tranquille, petits feuilletés champignons-cantal, petits feuilletés st-marcelin fines herbes, petite réparation du matelas gonflable, petite nuit les hanches sur le sol pour cause de fuites traitresses non diagnostiquées, petite ricorée au réveil (ça vaut pas un bon café !!), et départ pour Valence, où Sido a rendez-vous avec un thérapeute - après avoir dégagé le verglas sous les roues à l'eau chaude, par mesure de précaution. On se lance à passer par Crest, un des gros bourgs au nord, pour rejoindre la départementale. Oui, mais en fait, non. Avec le vent, les routes de montagne déneigées sont reneigeuses, et je mets très fièrement en pratique mon apprentissage de la journée centaure, à savoir petit dérapage, gestion à l'embrayage, retour sur le bitume, demi-tour, ça sera Montélimar et l'autoroute, hein... D'ici là mon taux d'adrénaline devrait être revenu à un niveau standard.
Retour donc à Puy, et traçage vers les bleds de la veille. Ah, oui, mais là aussi, y a des plaines et du vent, donc des centaines de mètres où on voit plus la route pour cause de blancheur suspecte. Bizarre, hier soir c'était propre. Bon, ben quand faut y aller... Monsieur en quatchquatch derrière, je t'emmerde, moi j'ai pas quatre roues motrices et des pneus contact, donc c'est un pied sur l'accélérateur, l'autre sur l'embrayage, les deux mains sur le volant, le regard bloqué devant, et oui je roule en seconde et je t'emmerde, bis. Heureusement la route est droite et le traffic faiblard, un petit répit en traversant Cléon, on remet ça jusqu'à La Laupie, et après, ouf, un bout de nationale, on chope l'autoroute à Coucourde (avec des noms pareils, on comprend pourquoi c'est jamais devenu des grandes villes, tous ces villages paumés), arrivée à Valence, de la neige partout, un mistral en développement, trois degrés, pas de gants, la loose.
En sortant de son rendez-vous, Sido appelle la DDE pour leur demander si le chasse-neige compte repasser, histoire qu'on puisse rentrer vivantes, et oui, c'est prévu, les gars sont tous au charbon, mais vous comprenez c'est pas évident. Moi je comprends surtout que dans ce coin-là, ils en ont tous les ans, de la neige, alors merde, c'est pas comme s'ils en avaient jamais vu. On reprend la route, vaille que vaille, sortie à Montélimar même, cette fois-ci, et après La Laupie, la blagounette recommence. Oh, certes, on voit bien qu'ils ont déneigé, depuis notre appel, y a juste vingt centimètres de neige, au lieu de quarante s'ils n'avaient rien fait... Boarf, je commence à avoir l'habitude, il fait chaud dans la voiture, y a de la bonne musique, et pas de quatch quatch pour me coller au cul. Nonobstant, je me gare au parking à l'entrée de Puy, on va pas tenter le diable dans la ruelle, et je repars presque aussitôt après avoir mis Sido au chaud - hors de question de refaire ce chemin pourri dans le noir, et il est bientôt six heures.
Donc, pour la troisième et j'espère dernière fois de l'année, je repasse au ralenti sur ces plaques de neige même pas propre, qui crisse sous les roues, verglacée en caillots, en tentant de rouler dans les ornières, voire sur la voie d'en face, mieux dégagée - mais les gars du coin qui en arrivent, d'en face, sont manifestement peu compatissants à ma douleur de touriste égarée et m'obligent à me rabattre dans mes congères de merde. La voiture m'avertit charitablement d'un petit triangle orange clignotant "dérapage, dérapage", oui merci, je suis au courant, heureusement que j'ai pas attendu que tu me préviennes, en même temps... Après ça allait mieux, j'ai juste failli perdre trois doigts en faisant le plein, je me suis crispée environ 95% des muscles entre le crâne et le cul en deux heures d'autoroute de nuit (je déteste conduire la nuit, on n'y voit rien), j'ai eu droit à quelques flocons nonchalants à hauteur de Cavaillon, et à de la pluie ressemblant vicieusement à de la neige fondue en arrivant à Marseille - mais j'ai retrouvé avec plaisir mon petit 110 après Plan-de-Campagne, et les branquignols du coin qui freinent devant les radars et s'endorment au feu.
Echange de voiture à nouveau, je quitte à regret la fidèle compagne de ce périple mouvementé, avec une petite tape de félicitation - tu peux être fière toi aussi, ma titine, c'est pas aux antipodes que tu as pu faire des exploits pareils !  Pour la peine tu auras droit à un nettoyage top moumoutte lundi, et crois-moi je m'y connais maintenant :) La mienne est congelée après deux jours sous les embruns, l'appart est tout froid, le chat en folie comme si j'étais partie deux semaines, et moi je suis exténuée, deux cachets de décontractants, une bonne douche, un petit mot à Sido pour la rassurer, et dodo.
Aujourd'hui, rien de spécial, boulot de neuf heures à neuf heures, la routine, quoi. En conclusion, voilà le toit de la maison de Sido hier matin :
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chat noir, route blanche
La stalactite qui pend sous les autres est accrochée à un fil électrique, pour ceux qui s'interrogeraient sur l'étrangeté de la chose. Oh, et fait inouï, personne du bureau ne m'a appelée pendant ces deux jours, et pourtant la boite est toujours debout... Y a juste la fille que j'étais censée re-former aux aspirations mardi matin qui s'est pété la cheville mardi soir, mais je ne vois pas en quoi faudrait que je me sente coupable :)

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F
<br /> ben dit donc ca a l'air terrible le nord de la france!!<br /> tu ne pourrais pas rapatrier notre petite Sid dans des contrées moins hostiles?!<br /> en tout cas je me dis que ton stage t'a transforme en vrai petit shummasher, tu pourrais exploiter le filon ^^ garance la speedy gonzales de la livraison de mamie!!<br /> ay aya aya!!<br /> <br /> <br />
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Y
<br /> Je kifferais trop avoir fait comme toi une formation "extreme driving" ! Content que tu sois pas morte (ça aurait été dommage, avouons le, pour tous ces patients qui t'attendent !)<br /> <br /> Pour les trajets de nuit, je conseille d'être plusieurs et de se tenir éveillé à coup de discutes à la con. Ca a très bien marché au retour de Madrid jusque 5h45, heure d'arriver à Toulouse le<br /> lundi matin. Ca fait toujours moins peur ensemble :)<br /> <br /> <br />
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