Apres un petit déjeuner a base de café au lait et de pain qui ressemble fortement a du pain de mie mais c'est du vrai pain d'apres Cécile, on part en vadrouille dans Bristol - tu vas voir, c'est pas grand, me dit-elle...
Premiere étape : le pont suspendu, construit par Isambard Kingdom Brunel, architecte du XIXieme, de pere francais et facétieux (vu les prénoms qu'il a donné a son fils, en tout cas). Cécile me prévient : dans ce plat pays qu'est Bristol, la gorge que traverse le pont est impressionante. Effectivement, la riviere, a marée haute quand on arrive, coule 70 metres plus bas. Oui, y a une marée, meme si l'Avon se jette dans la mer bien apres Bristol. Je titube de vertige et reste soigneusement le plus pres du coté de la route, meme si la chute est rendue sacrément difficile par les grillages, et pas forcement mortelle - une lady victorienne qui s'était jetée suite a un chagrin d'amour a raté son coup, ses nombreuses jupes ayant fait parachute :).
En chemin pour le pont, on croise la cathédrale, vision moderne et bétonnée des tentatives de renouveau architectural chrétien des années 60, donc pas tres belle de l'extérieur, ni de l'intérieur, d'ailleurs; et Christ Church, beaucoup plus tradi mais dans laquelle, annonce une banderole dehors, on peut regarder les matchs de foot sur grand écran...
Du pont, on descend dans Clifton Village jusqu'au Royal York Crescent - un crescent est une rangée de maisons construite en arc de cercle (en croissant, donc), et celui de Bristol est le plus long d'Europe (si tant est qu'on en croise ailleurs qu'en Angleterre).
Sous le crescent, le Polygone, un petit bijou de paradis de verdure que Cécile a découvert par hasard, un peu comme ces ruelles cachées des collines de Notre Dame. On continue la descente vers la riviere, Cécile me montre au passage l'Adam & Eve, le pub que tenaient les parents du chanteur de Massive Attack :). Le quartier qui borde la riviere a cet endroit s'appelle Hotwells, il y avait une source d'eau chaude il y a longtemps. Petite pause déjeuner les pieds dans l'eau, ou presque, en attendant le ferry qui nous remonte vers le centre ville.
Du ferry, pas beaucoup plus gros que notre César, on passe devant le SS Great Britain, le premier transatlantique en métal, construit par Brunel (l'enfant chéri de la ville, vous l'aurez compris), superbe bateau plein de mats et de fanions. On passe aussi devant des rangées de petites maisons aux facades colorées, assez incongrues ici, et on accoste au pied d'une fontaine en cascade, dans le quartier bobo-culturel, qui abrite notamment l'Aquarium (qu'on boycotte, a 13£50 l'entrée), et la galerie d'art Arnolfini ou a eu lieu un débat politique télévisé pour the big election du pays (comme nos présidentielles mais version anglaise, et c'était la toute premiere fois qu'il y avait des débats télévisés).
De la fontaine, on traverse le Queen Square - il y a une quantité impressionnante d'espaces verts ! et on passe devant deux pubs stylés, le Old Duke, spécialisé dans les concerts de jazz, et le Llandoger Trow (personne n'a la moindre idée de la signification de ce titre), qui d'apres la légende était le fief de Long John Fellow et de ses comperes pirates a la grande époque du commerce triangulaire, qui a considérablement enrichi le port commercial qu'est Bristol.
Ensuite, petit tour au marché couvert de St Nicholas, plein de petites boutiques sous des grandes verrieres : la boutique de couture/broderie/loisirs créatifs, la boutique de bonbons - mais alors, TOUS les bonbons possibles et imaginables, apres on comprend mieux certaines scenes d'Harry Potter, la boutique de tee-shirts special patois bristolien ("cuz ize wurf it" est l'orthographe admise pour le slogan de L'Oreal...), la boutique de magnets et dessous de verre qui reprennent des visuels de ménageres modeles des années 50 avec des légendes a contrepied ("les taches ménageres me fascinent, je pourrais les regarder faire pendant des heures", ou encore "les enfants sont une bénédiction, on ne sait jamais quand on peut avoir besoin d'une transfusion ou d'un nouveau rein"...).
Apres, faut bien dire qu'on commencait a fatiguer un peu, donc on a bu un verre a Start The Bus, assez branché, on a tracé au centre commercial de Cabbot Circus pour pisser un coup (superbe verrière), on a fait quelques boutiques (tres jolies culottes pas cheres...), quelques charity shops (ca grouille !!), et puis le retour, par une grande grande avenue, qui passe devant le Wills Memorial Building, une haute tour en pierre qui fait partie de l'université, devant la Royal Academy of Arts, et devant la BBC Bristol, qui produit de fabuleux documentaires animaliers (pas que sur les dinosaures, mais entre autres), et touch down chez Cécile.
Premieres impressions générales : la ville est d'une propreté effarante (hors de question de jeter un mégot par terre, d'abord c'est 75£ d'amende si on se fait choper, et en plus ca parait completement sacrilege), les automobilistes sont super bien élevés puisqu'un simple lampadaire dont le clignotement est quasi-invisible en plein soleil signifie priorité aux piétons et qu'ils s'arretent tous tres consciencieusement (bon, y a quand meme quelques bagnoles mal garées, hein), les étalagistes francais ont tout a apprendre de leurs collegues anglo-saxons (les vitrines sont tellement travaillées qu'on regarde meme plus les trucs a vendre, en fait), et la plupart des batiments, en brique ou en grosse pierre jaune pale, donnent envie de filmer l'intégralité des rues. Ah, oui, on s'est fait des pates deux soirs de suite et c'est incroyable a quel point la nourriture est insipide - enfin, surtout le saumon de ce soir-la, pourtant mijoté par mes soins avec échalotes et mélange ail-fines herbes.
Sur ce je vous laisse, le Johnny de Massive Attack nous attend au pub (quel plaisir de frimer quand on SAIT que ca va en faire marroner plus d'un...).