Verdon #7_Ce coup-ci on tente le kayak

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Mardi matin, chargés à bloc malgré la nuit froide et bruyante, on descend à la base nautique pour achalander deux kayaks, bien décidés à se la jouer un peu plus sport que le canöé cet été, histoire d'atteindre enfin le pont de Quinson qui marque le bout du trajet.
 
Premier constat : les kayaks n'ont pas exactement la forme d'Epinal des embarcations inuites auxquelles on s'attendait. En fait, c'est comme un canöé, en plastique, mais monoplace, c'est d'un orange dont même moi je ne voudrais pas en fringue, et c'est estampillé "mambo" (olà !) et, plus incongru, RTM (pour "rotomondo" ou un truc du genre) [note pour les estrangers : chez nous, ça veut dire Régie des Transports Marseillais, et c'est assez cocace de les imaginer faire du kayak un transport en commun].
 
Deuxième constat : on l'a oublié en six mois, mais le fond du kayak, comme celui du canöé, est pourvu de trous. On comprend toujours pas bien à quoi ils servent, mais on a bien retenu qu'une fois dedans, tu as le cul trempé en moins de vingt secondes. Et aussi les jambes, et les chaussettes, et pour faire bonne mesure, la double pagaie t'envoie des gouttes sur les lunettes, donc note pour l'été prochain, prévoir une combinaison de plongée.
 
On part donc, souquez ferme matelots, et au bout d'une heure et demi environ, petite pause pour fumer une clope et faire sécher un peu les futes. Le lieu est idyllique, évidemment, et j'en profite pour envoyer un mms à ma cousine pour lui expliquer que non, je serais pas à Marseille cet aprèm...
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Et oui, je suis en culotte, je suis blanche comme un doliprane, j'ai une pose ridicule, et j'assume totalement !
 
On repart, heureusement que les pantalons n'ont pas séché, ça n'aurait vraiment servi à rien, on continue à pagayer, et en fait c'est un peu moins fun que le canöé parce que si on est côte à côte pour profiter de la balade en amoureux, on a vite fait de se mettre des coups de pagaie dans la gueule, et d'un coup ça devient moins glamour :). On commence à chercher un coin où pique-niquer, mais comme on a atteint la partie des gorges la plus abrupte du trajet, pas moyen de trouver un coin abordable. Je repère une superbe terrasse naturelle, parfaitement plate, au moins cinq mètres de long, tout en pierre blanche, à peine deux mètres au-dessus de l'eau, et là le verdict est sans appel : on pourrait attacher les kayaks (ça serait certes plus facile avec trois bons mètres de corde supplémentaires, mais McGyver ou pas McGyver, bordel ?!), on pourrait se débrouiller pour trouver assez de prises dans les roches pour réussir à se hisser là-haut, en se passant les bidons étanches et les gilets de sauvetage à bout de bras, mais force est de constater que jamais, jamais, jamais, on ne pourrait redescendre sur nos machins totalement instables sans piquer une tête - et on n'est qu'en avril, ne l'oublions pas. Tant pis, rame, matelot, après tout c'est pour ça qu'on est là !
 
Finalement, vers deux heures, alors qu'on a depuis belle lurette dépassé l'endroit où on avait fait demi-tour cet été (où on ne s'arrête pas, faute de soleil sur cette rive-là), on trouve un endroit où on peut amarrer les kayaks à des racines émergées, et après quelques mètres de grimpette à quatre pattes dans les broussailles, partager notre pique-nique avec une tripotée de bêtes bourdonnantes, d'espèces variées mais heureusement non agressives.
Verdon #7_Ce coup-ci on tente le kayak
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André étant impatient de repartir, je n'ai droit qu'à une seule clope, un vrai scandale, d'autant que je l'aurais cru heureux de faire un vrai break après ces trois heures à pagayer vent de face, mais non, il est au taquet (en vrai ça fait plaisir à voir :) ). On re-repart donc, et on commence à trouver le temps long avant ce fameux pont, qu'on se représente grandiose, en belle pierre de taille, jeté d'une falaise à l'autre tel une preuve éclatante de la victoire de l'homme sur cette nature superbe mais un tantinet inhospitalière. Enfin, après moult et moult virages (la visibilité dans les gorges du Verdon est d'environ vingt mètres, après la falaise tourne et ohlà, mais où est donc la route), on l'aperçoit.

Première déception, il est tout petit, pas très haut, et de facture à la fois trop classique et trop moderne pour être vraiment intéressante. Deuxième déception, on a les pires rafales de tout le trajet, et un contre-courant monstrueux, vu que l'eau arrive d'un lac et se fait contraindre entre les falaises, et qu'en plus le barrage en amont est probablement pile poil en train de lâcher un peu plus d'eau. Au point qu'on doit lutter comme des bourrins juste pour éviter de reculer, et qu'on met un bon quart d'heure à faire les, quoi, quinze mètres qui nous séparent du lac - en hurlant comme des sauvages, ça sert à rien mais c'est jouissif. Troisième déception, le paysage n'est pas exceptionnel de l'autre côté : le lac est petit, plein d'embarcations en plastique, il y a des pêcheurs du dimanche juste à l'endroit de la berge où on va se caler (= juste juste après le pont, on en a trop bavé pour avoir envie de poursuivre !), les falaises en face sont pelées et surmontées de pylônes électriques, on ne voit pas le village de Quinson, bref, tout ça pour ça... Petite pause sur le rivage, histoire de souffler un peu et de s'auto-congratuler, parce que ça non plus ça sert à rien mais c'est jouissif. André tient à ce que j'immortalise le panneau "attention surf dangereux", je tiens pour ma part à immortaliser son pantalon de plus près - oui, on dirait qu'il s'est fait un gros pipi dessus, et je suis dans le même état :). Et bien sûr, on immortalise ce putain de pont :)

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C'est en prenant la photo que je remarque le panneau bleu, au loin, qui annonce fièrement en grandes lettres jaunes "Département des Alpes de Haute-Provence", ce qui provoque chez André cette brève fulgurante : "Putain, on a changé de département à la rame !!!"

Ensuite, il faut bien songer au retour, mais pas avant d'avoir sacrifié à la traditionnelle photo de couple, heureusement facile à prendre, puisqu'il nous suffit de remonter un peu le lac, de nous mettre dos au pont, et de nous laisser pousser par le courant et le vent :)

Verdon #7_Ce coup-ci on tente le kayak
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(si on a l'air un peu crispé, c'est normal...)

La suite est beaucoup moins drôle : il est seize heures, ce qui nous laisse deux heures pour faire le trajet en sens inverse, sachant qu'on est partis de la base vers onze heures... et que le vent, quand il n'est pas tout bonnement tombé, a tourné, pour être, au mieux, de côté, au pire, je vous le donne en mille, de face, poin poin poin poin. En repassant devant l'endroit où on a pique-niqué, doute - mais où sont les racines qui nous ont servi d'amarres ?? Et bien, elles sont là, mais sous dix centimètres d'eau, ce qui confirme que le barrage de Quinson a relâché une sacrée quantité de flotte ! André est exténué, pas envie de speeder, démoralisé par le fait que j'ai tendance à lui mettre dix mètres dans la vue (et oui, il récupère bien plus vite que moi après un effort, mais je suis un peu plus musclée des bras, merci le boulot - et surtout super stressée à l'idée d'arriver trop tard pour rendre les kayaks), et il finit par tomber à l'eau en voulant faire une pause pour... boire :). Comme elle est très très fraiche, et qu'il plonge d'un coup, ça nous fait grave flipper, mais comme il est tout près du bord, qu'il a le gilet, et une longue pratique de la douche froide matinale, on en est quite pour une belle frayeur. Ceci dit, le soleil a disparu derrière la falaise, il y a du vent, il est trempé de la tête aux pieds, il est fatigué, et la route est encore longue, donc pas le choix, il doit assumer le look petit pull rouge étriqué :). Le temps qu'il se remette de ses émotions, j'accroche son kayak au mien et je rame pour deux, un sacré bordel vu que le sien part de tous les côtés - pas de gouvernail sur un kayak ! Après, il commence vraiment à se geler, et on n'est plus très loin, donc il recommence à ramer, et ô joie ô soulagement, on arrive à la base avec juste une petite demi-heure de retard, la dame nous excuse sans problème, et on accueille les trente-cinq degrés de la voiture avec une liesse à peine inférieure à la fierté d'avoir affronté dix-huit kilomètres d'embûches à la seule force de nos petits bras courbaturés :).

Publié dans balades_Verdon

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C
<br /> <br /> ah ben oui effectivement, j'aurais vite pige en recevant ca, si mon putain de portable de merde pouvait recevoir les mms....<br /> <br /> <br /> <br />
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