Verdon #7_Ce coup-ci on tente le kayak
André étant impatient de repartir, je n'ai droit qu'à une seule clope, un vrai scandale, d'autant que je l'aurais cru heureux de faire un vrai break après ces trois heures à pagayer vent de face, mais non, il est au taquet (en vrai ça fait plaisir à voir :) ). On re-repart donc, et on commence à trouver le temps long avant ce fameux pont, qu'on se représente grandiose, en belle pierre de taille, jeté d'une falaise à l'autre tel une preuve éclatante de la victoire de l'homme sur cette nature superbe mais un tantinet inhospitalière. Enfin, après moult et moult virages (la visibilité dans les gorges du Verdon est d'environ vingt mètres, après la falaise tourne et ohlà, mais où est donc la route), on l'aperçoit.
Première déception, il est tout petit, pas très haut, et de facture à la fois trop classique et trop moderne pour être vraiment intéressante. Deuxième déception, on a les pires rafales de tout le trajet, et un contre-courant monstrueux, vu que l'eau arrive d'un lac et se fait contraindre entre les falaises, et qu'en plus le barrage en amont est probablement pile poil en train de lâcher un peu plus d'eau. Au point qu'on doit lutter comme des bourrins juste pour éviter de reculer, et qu'on met un bon quart d'heure à faire les, quoi, quinze mètres qui nous séparent du lac - en hurlant comme des sauvages, ça sert à rien mais c'est jouissif. Troisième déception, le paysage n'est pas exceptionnel de l'autre côté : le lac est petit, plein d'embarcations en plastique, il y a des pêcheurs du dimanche juste à l'endroit de la berge où on va se caler (= juste juste après le pont, on en a trop bavé pour avoir envie de poursuivre !), les falaises en face sont pelées et surmontées de pylônes électriques, on ne voit pas le village de Quinson, bref, tout ça pour ça... Petite pause sur le rivage, histoire de souffler un peu et de s'auto-congratuler, parce que ça non plus ça sert à rien mais c'est jouissif. André tient à ce que j'immortalise le panneau "attention surf dangereux", je tiens pour ma part à immortaliser son pantalon de plus près - oui, on dirait qu'il s'est fait un gros pipi dessus, et je suis dans le même état :). Et bien sûr, on immortalise ce putain de pont :)
C'est en prenant la photo que je remarque le panneau bleu, au loin, qui annonce fièrement en grandes lettres jaunes "Département des Alpes de Haute-Provence", ce qui provoque chez André cette brève fulgurante : "Putain, on a changé de département à la rame !!!"
Ensuite, il faut bien songer au retour, mais pas avant d'avoir sacrifié à la traditionnelle photo de couple, heureusement facile à prendre, puisqu'il nous suffit de remonter un peu le lac, de nous mettre dos au pont, et de nous laisser pousser par le courant et le vent :)
(si on a l'air un peu crispé, c'est normal...)
La suite est beaucoup moins drôle : il est seize heures, ce qui nous laisse deux heures pour faire le trajet en sens inverse, sachant qu'on est partis de la base vers onze heures... et que le vent, quand il n'est pas tout bonnement tombé, a tourné, pour être, au mieux, de côté, au pire, je vous le donne en mille, de face, poin poin poin poin. En repassant devant l'endroit où on a pique-niqué, doute - mais où sont les racines qui nous ont servi d'amarres ?? Et bien, elles sont là, mais sous dix centimètres d'eau, ce qui confirme que le barrage de Quinson a relâché une sacrée quantité de flotte ! André est exténué, pas envie de speeder, démoralisé par le fait que j'ai tendance à lui mettre dix mètres dans la vue (et oui, il récupère bien plus vite que moi après un effort, mais je suis un peu plus musclée des bras, merci le boulot - et surtout super stressée à l'idée d'arriver trop tard pour rendre les kayaks), et il finit par tomber à l'eau en voulant faire une pause pour... boire :). Comme elle est très très fraiche, et qu'il plonge d'un coup, ça nous fait grave flipper, mais comme il est tout près du bord, qu'il a le gilet, et une longue pratique de la douche froide matinale, on en est quite pour une belle frayeur. Ceci dit, le soleil a disparu derrière la falaise, il y a du vent, il est trempé de la tête aux pieds, il est fatigué, et la route est encore longue, donc pas le choix, il doit assumer le look petit pull rouge étriqué :). Le temps qu'il se remette de ses émotions, j'accroche son kayak au mien et je rame pour deux, un sacré bordel vu que le sien part de tous les côtés - pas de gouvernail sur un kayak ! Après, il commence vraiment à se geler, et on n'est plus très loin, donc il recommence à ramer, et ô joie ô soulagement, on arrive à la base avec juste une petite demi-heure de retard, la dame nous excuse sans problème, et on accueille les trente-cinq degrés de la voiture avec une liesse à peine inférieure à la fierté d'avoir affronté dix-huit kilomètres d'embûches à la seule force de nos petits bras courbaturés :).
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