une semaine haute en couleurs

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Lundi, programme chargé, but avoué : évacuer un certain nombre de broutilles qui encombrent ma to-do-list (pour parler comme les magazines féminins, curieusement incapables d'aligner plus de deux mots français - je viens de feuilleter un Grazia que ma mère m'a passé, et m'interroge encore sur la signification de la "magnificience edgy" de la dernière collection Valentino). Courrier de condoléances au mari de la soeur aînée de ma mère, décédée la semaine dernière après dix ans d'Alzheimer, paperasse pour le bureau, coup de fil à l'agence pour qu'on s'occupe de mon chauffe-eau qui renonce à chauffer décemment dès que la température extérieure descend en dessous de cinq degrés (et moi j'adore l'eau brûlante en hiver - à titre comparatif, imaginez que vous bavez sur une douche froide en été, et qu'on vous la sort tiède, ben pareil, mais à l'envers -  frustrant, non ?), renouvellement des stocks de café, genmaisha et lapsang, couture d'une petite étoile jaune sur le trou de mite de ma jupe noire (celle-là), repassage, légumes bio, bref, même en ayant boycotté le garage pour les pneus neufs, je ne vois pas passer la journée.
 
Mardi, matinée tranquille chez Marco, et retrouvailles avec Jess l'aprèm. On papote tellement qu'on se décide à bouger au bout de trois bonnes heures, pour aller tester le Memphis Café de La Valentine, où après avoir siroté des cocktails colorés dans une ambiance fifties non démentie, on voit se pointer James, l'Elvis du café de Plan de Campagne, sans chemise outrageuse, mais toujours avec sa banane. Elle m'a encore fait mourir de rire avec ses brèves (elle peut alimenter la chronique à elle toute seule, je préfère vous prévenir, y a du level), comme quand elle me raconte son Nouvel An à Pelvoux, et le bal du village où elle attire tous les zozos, même en mode "Je suis un pigeon mort".
 
Mercredi, comme Marco a trouvé que j'avais un peu exagéré sur le rouge la semaine d'avant (du pantalon au pull, classique), je fais péter la tenue toucan rose, avec, cette fois-ci, les couilles de bisounours, Fanny a raison, c'est quand même tellement plus raccord (et voyant) que les canards. Après une journée au pas de charge, où au milieu d'un des dix magasins que je visite pour le compte de ma patiente, je croise Cécile et sa délicieuse petite Julia, je passe au bureau récupérer l'assurance de la voiture, et là, gros gros succès, le directeur himself, à qui je souhaite opinément la bonne année, qui envoie la main et tripote mes burnes pelucheuses en demandant si y a pas une clochette dedans (ben non, j'agresse les yeux, pas les oreilles...). Ensuite, avant-soirée tranquille avec Sido, interrogations métaphysiques, réjouissance à l'idée de sa future maison nîmoise, et rigolade devant ses succès masculins.
 
Jeudi, j'innove avec une jupe boule pas mise depuis longtemps, sobre en noir mais avec un petit motif jaune et vert qui justifie l'accompagnement d'un petit pull vert et de chaussettes à rayures noires et jaunes très Maya l'abeille, franc succès auprès de l'infirmière de Marco et de sa kiné. La mère de Marco me dit "On a eu du rouge, du bleu, du jaune, du rose, maintenant du vert, et demain ?" Ben, au pif, orange ? Soirée tranquille avec André, conduite toute en souplesse jusqu'à la maison, arrivée avec huit kilomètres d'essence dans le réservoir, juste de quoi faire le plein en allant chez Marco le lendemain, à condition de se lever à six heures et demi.
 
Vendredi, orange, donc, avec la super robe du troc de fringues à motif papier peint des années soixantes, pull et collants assortis, sandales à talons, allons-y franco, pas de transfert prévu, un peu de féminité assumée ne fait pas de mal. Pendant la toilette je demande à Marco si c'est la tâche de javel qu'il bloque, il me répond qu'il s'en fout de la tâche, et devient tout rouge quand je constate en rigolant que c'est plutôt mes seins qui l'intéressent. Ma parole, le printemps sera tôtif cette année, la question le travaille, ces temps-ci. En rentrant du boulot, sortant de l'autoroute au niveau du garage, je me décide à faire fi de mes beaux principes et à y faire un saut. J'avais dit que je refusais absolument de faire le premier pas, déjà deux fois que j'y passais à blanc, marre que ce trou du cul de garagiste soit chroniquement infoutu de m'appeler, le jour où il en aurait marre à son tour d'avoir deux pneus neufs encombrant son garage, il se rappellerait qu'ils étaient pour moi, et puis bon, malgré tout, ça me stresse un peu de rouler avec une roue de secours plus toute neuve, donc bref, arrêt au stand. Et là, ce branquignole qui ose me sortir qu'il a perdu "mes horaires" - J'ai pas d'horaires. "Nan enfin le papier avec votre numéro", qu'il devrait avoir depuis six ans dans son fichier client s'il avait deux sous de professionnalisme. Accessoirement, c'est pas comme s'il ignorait comment transmettre le message à mon employeur, sa propre mère ayant été accompagnatrice chez nous jusqu'à l'année dernière. Enfin bon, tant pis pour lui s'il préfère passer pour un abruti jem'enfoutiste et incompétent.
 
Le soir, en mode admin, je constate un truc nettement moins drôle : deux de mes trois numéros illimités sur le portable ont été modifiés à l'insu de mon plein gré, et du coup je suis hors forfait parce que les appels à André et à ma mère sont décomptés de mon heure mensuelle. J'appelle le service client, tombe sur une fille sympa, expose le problème, quatre euros de hors forfait c'est pas grand chose, c'est surtout le principe qui me chiffone, et la fille passe de sympa à super sympa en moins de trois secondes quand elle m'offre dix euros de remise sur ma prochaine facture. Du coup je m'interroge : est-ce que j'aurais eu le même résultat si j'avais porté du vert ce jour-là ??  Et qu'est-ce que je faisais dans ma vie antérieure pour avoir autant de chance dans celle-ci ?
 
Petit P-S pour finir sur une note réjouissamment girly : guettez vos mails, je planche sur l'invite du troc de fringues, et préparez-vous, il sera d'anthologie !
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Publié dans petites histoires

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