piercing ou implants ?
Adonc, mon lumbago étant tout aussi tenace que ma non-identifiée inflammation pseudo-respiratoire (cette nuit j'ai réussi l'exploit débile de cracher dans ma main en dormant...), je vais chez un toubib près de chez moi, pas celui qui m'a infiltré de la cortisone dans la fesse gauche, non, un qui a un cabinet intégralement rococo, avec petite fontaine, canapés en cuir et miroir sculpté dans la salle d'attente, fauteuils de style, bustes en marbre et tapis précieux dans la salle de consultation, et "homéopathe-acupuncteur" sur la plaque à l'entrée. La soixantaine vaillante, l'embonpoint aimable, gentil, compréhensif, et à mon corps de sceptique occidentalo-rationaliste défendant, assez efficace. Bon, certes, comme dit André, la dilution des principes actifs dans les sucrettes homéopathiques est tellement infime que c'est du pipeau selon lui - n'empêche que ces petits tubes d'anti-inflammatoires, que leurs intitulés soient du plus abscons barbare ("medorrhinum", "calcaréa") ou du plus élémentaire pragmatisme ("vertèbres lombaires"), m'ont bien calmée - si on met de côté les très originales espèces de crampes qui me prennent en bas du dos quand j'ai le malheur de me pencher en avant alors que je suis assise, à des endroits où à mon avis y a pas de muscles. Efficaces aussi, la demi-douzaine d'aiguilles piquées dans le cul qu'on laisse reposer vingt minutes (ce matin je me suis endormie, tant qu'à faire).
Ce toubib a remarqué, et beaucoup d'autres avant lui, que ma jambe gauche est légèrement plus courte que ma jambe droite (comme chez un peu tout le monde), et que mon bassin, moins subtilement, se projette en avant, mais contrairement à ses prédécesseurs, il a décrété qu'il me faut en conséquence des semelles orthopédiques - youpi, je pourrais continuer à acheter sans remords des écrase-merdes en 42 chez Emmaüs. En attendant, il m'a tanqué ce matin trois micro-aiguilles plaqué or derrière l'oreille gauche, histoire de rétablir un peu l'équilibre de mes méridiens, et le résultat est assez stupéfiant. J'ai presque plus mal, je m'assieds sur mes deux fesses en même temps, je me tiens plus droite, et ça fait bien plaisir, à dix euros l'aiguille et cinquante la séance hebdomadaire à répéter quatre fois. En même temps, je me dis que pourquoi pas les méthodes alternatives, parce que les décontractants musculaires c'est sympa mais ça défonce, et ça ne résoud pas le problème. Donc pendant quinze jours, je vais continuer à compter mes granules, et devoir faire attention à mes implants de blingueuse, tellement petits et tellement discrets que je ne suis pas sûre de m'apercevoir si j'en perds un - ce qui serait un drame pour la bonne marche du traitement, bien sûr.
A part ça, comme ce monsieur pratique une über-technique méta-radicale contre les allergies (la méthode NAET, pour ceux qui voudraient savoir), il a décidé qu'on s'occuperait de mes bronches plus tard, parce que c'est très certainement allergique. Même s'il semblerait que la majeure partie de la population soit actuellement allergique à tout un tas de trucs, parfois sans même le savoir, je le soupçonne d'être fortement biaisé à ce niveau-là, et bassement intéressé, puisqu'il faut compter une douzaine voire une quinzaine de séances pour tester les différents allergènes potentiels et se désensibiliser. Comme je ne vois pas trop à quoi je pourrais devoir ce genre de réaction, à part le créneau situé entre trois et quatre heures du matin d'octobre à février, j'envisage sereinement de continuer à dormir en compagnie d'un rouleau de sopalin, d'un chat retranché au pied du lit, et d'un chéri compréhensif et heureusement doté d'un sommeil indestructible.
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