Saint Maur
Petite semaine tranquille au bateau avec André, pour profiter du lieu tant qu'il existe encore.
Premier jour, balade à pied le long de la Marne, et surtout, balade en canöé dans les méandres de l'Ile Sainte Catherine. Little Amazonia, d'abord, un tout petit bras qui entoure l'Ile des Ravageurs, dont un bout est parc public, avec une passerelle qui arrive de l'autre rive de la rivière en plein milieu des arbres, grandiose :) Ensuite, le grand tour : le bras du Chapitre, qui contourne toute l'ile et rejoint la Marne en-dessous du barrage, mais une petite chute décourage les vélleités des céistes amateurs, d'autant qu'il faut la remonter pour revenir au bateau, vu que l'écluse du barrage est interdite aux canöés. On a quand même pu voir absolument toute la volaille qui niche dans les environs : colverts et leurs canes, bien sûr, canards de Barbarie laids comme des dindons et canards non identifiés tout gris, poules d'eau qui hochent la tête quand elles avancent et se carapatent dès qu'un engin bouge dans leur entourage, cormorans noirs qui plongent pour le poisson tout pareil que dans les documentaires animaliers, la petite famille de cygnes (quatre survivants chez les petits, une bonne moyenne), quelques mouettes rieuses, et un moment magique quand on a cherché le grand héron gris dans les arbres et qu'on a fini par l'apercevoir tout en haut de celui qui nous faisait face, silhouette contre le ciel gris. On a croisé aussi un jack russell, trois chats, et deux ragondins. Ah, et dans le plus petit des bras annexes du Chapitre, des milliards de poissons, on pagayait dessus, la main dans l'eau et c'était cinq par secondes qui tapaient dedans, des petits, des gros à nageoires ventrales rouge vif, des moyens verdâtres, une véritable hallucination piscide.
Le lendemain, grasse mat', et départ pour Paris. On se perd quelques heures dans le centre, Sorbonne, Odéon, Luxembourg (sur les grilles, une expo photos sur les Français vus du train, sympa), et on rejoint mon frère du côté de Bastille pour découvrir le "vin naturel". Alors, pas bio, juste exempt de produits inutiles en quantités industrielles. Des vins très fruités, dont on ne sent guère l'alcool. Le caviste est très accueillant, accent chtitalien et générosité de bon aloi ("j'vous aime, tous, allez, prenez donc cette bière").
Jeudi matin, grasse mat' écourtée, déjeuner avec Nico, mon vieux pote de fac. Sushi en vitesse et café dans la bibliothèque de son modeste cinq-pièces haussmanien, et finalement deux cent mètres carrés ça fait pas tant que ça, à la deuxième visite :) Ensuite, déambulation du côté du Sacré-Coeur et de Montmartre, on se perd lentement dans les beaux quartiers du nord-est, pour aboutir boulevard Malesherbes (des points au Monopoly), où on tombe sur les reliquats des manifs du jour (et le quart d'heure de célébrité auto-attribué par un égaré, qui braille du haut d'un camion à la sono comme toujours défectueuse "I wanna be your dog, wouhou"). On s'arrête dans un troquet pour boire un brin et satisfaire une envie qui devient pesante en sus de pressante, et là, le drame, alors que je fais très très très attention en me relevant, Hector mon cher appareil photo saute de ma poche, pour atterir bien évidemment dans le trou du chiotte à la turque auquel je viens de porter ma modeste contribution... Hurlement, rhabillage en panique, pêche à l'appareil, sortie en trombe, rinçage sommaire, et retour piteux à la table, pour un essuyage au kleenex, hélas insuffisant puisqu'à l'heure actuelle, Hector ne daigne même plus s'allumer pour m'informer d'un "problème au bloc optique", oui j'ai vu, merci, l'objectif pédale dans la semoule et refuse de sortir la tête, tel un timide bernard-l'hermite. Donc pas de photos pour l'instant, snif.
Vendredi, grasse journée, glande et lecture, et sortie en fin de journée pour aller jeter un oeil à la célèbre librairie de la Griffe Noire (certains ont des tendances masochistes sur lesquelles je ne m'attarderais pas), dont la vitrine, gigantesque, croule sous les photocopies de couvertures de livres et les avis du libraire, écrits en gros au marqueur sur des cartons de toutes tailles et de toutes couleurs, le top du top était les critiques ultra-négatives qu'il affiche sur certains best-sellers. Dégringolant d'un angle de la vitrine, une série de couvertures, entourées de traces de marqueurs façon "chute libre" et légendées d'un "attention chute de navets", atterrit en bas dans un vieil aquarium tout dégueu, contenant le dernier Colombe Schneck et une cartonette s'interrogeant : "Comment une fille au prénom si léger peut pondre un truc aussi lourd ?!!!".
Continuant la balade vers des coins de ma ville natale dont j'ignore totalement l'existence, on finit par arriver devant Formes et Ombres, échoppe médiévale. Hein ??? Eh oui, le patron est artisan blasonneur, et sa boutique ne déparerait pas à Glastonbury. On papote, une bricole pour Fanny par ci, un couteau pour André par là, une dégustation gastronomique d'hypocras blanc, d'hypocras rouge, de coulindrum et de la succulente Cuvée des Elfes, une visite de l'atelier de moulage des blasons et de peinture des produits moulés, toutes les provinces de France, des figurines de templiers, ah tiens, une bite avec des ailes - "Oui, je bosse avec un sculpteur très créatif", et la petite salle dans la cave où vingt personnes tiennent à l'aise autour d'une table, avec du In Taberna en fond musical, bref, un endroit que j'aurais aimé connaitre à l'époque de la FédéGn :)
Bref, un petit séjour sympa, quasiment pas une goutte d'eau pendant cinq jours, et des souvenirs qui seraient parfaits si j'avais laissé mon appareil photo aux bons soins d'André dans les moments critiques...
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