marseille, reverse psychology et double effet kass couille
Cécile et Carl sont donc venus passer quatre jours à Marseille, ce qui, point de vue extérieur aidant, nous a permis de constater plusieurs choses. D'abord, dimanche (le 12), après une montée échaudante à Notre-Dame (dont je n'avais pas vu le plafond restauré, une merveille), constat que le serveur de l'Estey n'est pas trop pressé de servir quand on arrive à huit heures moins le quart pour manger des sushis, parce que la chef n'arrive qu'à huit heures, ce qui ne laisse pas d'intriguer quand on lit "sushis à volonté à partir de 18h". Comme l'explique Cécile, ici, c'est tellement à la cool que des fois, ça zappe la politesse. Constat suivant : les faucheurs ont des techniques bien rodées. D'abord un petit tour de repérage, puis retour avec un journal crasseux savament posé sur la table, puis un quart d'heure à te gratter de la thune donc t'en as juste marre et qu'une envie, qu'il s'en aille, et pour finir, hop, je trace vite fait en embarquant le portable de Carl planqué sous le journal, dans le cul Lulu. Je m'en suis grave voulu : j'ai tellement l'habitude de faire gaffe que j'y pense plus et du coup, j'oublie de prévenir les gens. Le plus dommage, aux yeux de Carl, c'est qu'on a perdu les photos de moi-même en train de nourrir les moinettes à grand renfort de riz gluant, ce qui amène au troisième constat : ici, les piafs sont plus sympas que les humains.
Le lundi nous sommes allés faire les touristes à Aix, manger un dwich à l'indéboulonable Grec du passage de la Madeleine, et au retour, j'ai pesté un coup contre tous ces abrutis d'automobilistes, comme d'hab : quand la limitation était à 110, tout le monde roulait à 130 et pilait avant le radar, maintenant que c'est limité à 90, ils sont tous tout le temps à 80, par mesure de précaution. Cécile explique à Carl et conclut : "This must be reverse psychology". Mouais, et le plus frustrant, c'est quand un pébron roule au milieu à 80 alors qu'il n'y a personne à droite, et que si tu t'aventures à vouloir le doubler, par la gauche pour être réglo, y a un autre pébron qui s'en branle des panneaux et arrive à 130.
Ensuite, à Marseille, on le sait, si t'as pas de bagnole, t'es niqué, même quand tu habites à cinq minutes à pied de la plage. Quand tu te pointes avec ton maillot et ton panier de pique-nique aux Catalans, tu constates que la plage est ouverte de huit heures trente à vingt heures, c'est ballot, il est vingt heures quarante-cinq, et tu pique-nique sur le balcon, pour le glamour et l'exotisme on repassera. Parait que les riverains se sont plaints de nuisances sonores. Allons-y, grillageons le littoral, autodafons les guitares, et coupons donc les cordes vocales de tous les nouveaux-nés, au moins on sera tranquille. Quoique... je reviendrais plus bas sur cette épineuse question du tapage nocturne.
Pour conclure quand même sur une note optimiste, Carl a beaucoup aimé Marseille, et la brève du jour est donc anglaise : "Marseille has balls" - pour ceux qui hésiteraient, oui, Marseille a des couilles.
Et en fait c'était une conclusion de paragraphe, parce que voici la suite du chapitre, qui explique que je rédige ce billet à une heure et demi du matin et que le style en est un poil décousu pour cause d'absorption de whisky. Ce soir, pleine de joie et de lovelylove, je vais dormir chez André. Après tout, je ne bosse qu'à dix heures et demi demain, en centre-ville, et y a pas de raison que ce soit toujours lui qui se déplace. Et puis j'ai plein de trucs à lui raconter : le dentiste qui trouve mes dents magnifiques depuis dix ans et n'a pas fait exception aujourd'hui, le toubib qui me prescrit une radio du pied parce que si j'ai mal au gros orteil et à la cheville depuis un mois et demi c'est peut-être une fracture, bref, que des trucs palpitantissimes, ces petits riens qui font le charme des retrouvailles pour les couples qui prônent la non-cohabitation.
Las... On va se coucher, toute fenêtre ouverte, et là, De Palmas nous agresse les oreilles. Chacun ses goûts, certes, mais il est minuit et demi et y a un minimum de respect à avoir, non. Ah oui, faut quand même que je précise que le gros défaut auquel je compte m'attaquer, c'est ma fuite systématique en cas de conflit potentiel, parce que je sens que ça me bloque quand même pas mal, et en plus c'est pas parce qu'on dit des choses désagréables aux gens que ça part forcément en vrille (nan mais quelle naïve, j'vous jure). Chuis pas trop aidée dans ma démarche parce qu'à chaque fois que j'ose ouvrir ma gueule, soit je tombe complètement à côté de la plaque, soit je m'en prends plein dedans en retour, mais bon, parait que la persévérance ça finit par payer, donc là, au bout de dix minutes, je me lève, j'ouvre le volet, et je demande à la voisine d'en face si elle peut baisser un peu le son. Oui, comme ça, ça va ? Ben encore un peu, tant qu'à faire, merci. Sauf que le merci, elle l'a pas entendu, et que comme me le précise André, c'est une tarée défoncée aux cachetons et à l'alcool, donc on a droit à une vigoureuse diatribe à base de sale tapin, ta mère la pute et autres moi j'te nique ta race, et ensuite, rebelote le son à fond. Je passe en mode monsieur furieux - pour ceux qui ne connaissent pas les Mystery Men, en gros, je deviens super en colère, ça monte, ça monte, et ça débouche sur, euh, rien, en général. En fait, comme je me doute que les flics ne se déplaceront pas pour si peu (y a pas encore de sang), je me lève, je me rhabille, et je me casse pour rentrer dormir chez moi. André est tout navré, bien qu'il n'y soit pour rien, mais je suis trop bien inhibée élevée pour faire comme cette connasse et lui hurler des insultes à travers le volet, donc ma technique, comme d'hab, c'est le bon vieux courage, fuyons. Et voila-t-y pas qu'il s'avère que cette suce-merde m'a suivi en scooter, et au feu de la rue Breteuil, elle s'arrête à côté de moi et chantonne "J'ai pété les plombs, j'ai pété les plombs". Oui, je sais, je devrais pas rouler la fenêtre ouverte quand il fait vingt-cinq degrés dehors et que j'ai Satan Circus à fond pour me défouler, mais bon, on se refait pas. A dire vrai, j'ai pas tourné la tête, mais vous avouerez qu'il faudrait être sacrément obtus pour croire à la coïncidence... Bilan, j'arrive chez moi à une heure du mat', en rage à l'idée que cette suinture de culotte usagée a gagné la partie : je dors pas avec mon mec, je dors même plus avec lui avant que le climat permette de fermer la fenêtre, je flippe qu'elle m'ait suivi jusqu'ici même si elle a fait mine de repartir vers la Plaine, j'ai tourné vingt minutes pour trouver une place, et sans un verre bien tassé, je m'endormirais jamais à temps pour me lever à huit heures pour dégager la bagnole du passage piéton sous peine d'amende. J'vous l'dis, faut vraiment que j'consulte pour cette histoire de gestion des crises...
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