just an ordinary day
Entre le stress du chaton, le stress de la tumeur de Lumi (en régression, penser à offrir des chocolats au véto), les problèmes de thunes (entre l'arrêt maladie de février et les dix jours sans solde de mars pour les concours, ma paye n'a pas suffi à combler mon découvert et je suis passée à deux doigts de l'interdit bancaire, mais merci le PEL ouvert par papa et fermé juste à temps, enfin bon passons), le stress de la bagnole (cf billet précédent), et le stress du portable (tombé dans un seau d'eau sale vendredi matin, sauvé in extremis par une nuit dans un tupper plein de riz, merci à ma patiente du samedi matin pour le tuyau), j'ai passé un mois de merde, donc je m'excuse humblement auprès des amis qui ont pris des nouvelles et rien reçu en échange, j'étais en mode grompf, mais ça va mieux, merci.
Pour ceux qui auraient raté des épisodes, j'ai acheté pour ma grand-mère, 90 ans ce dimanche, un chaton, enfin une chatonne, croisée siamois, deux mois, qui cohabite avec Lumi et moi depuis quinze jours. Tout compte fait, elle est beaucoup trop turbulente pour que je l'offre à ma grand-mère, qui adore les chats mais perd la boule et l'équilibre un peu trop facilement. En attendant de la revendre (oui, moi aussi ça me fait mal de dire ça), je gère tant bien que mal, en la laissant dans la chambre la journée, dans la salle de bain la nuit, et courir partout quand je suis là - au grand dam de Lumi, qui commence très doucement à s'y faire (surtout parce qu'elle raffole des croquettes spécial chaton).
Et ce matin, la chatonne qui court, saute, mordille, grimpe, et touche tout ce qu'elle trouve, a réussi l'exploit de faire sauter les plombs. Vu l'état de son pelage (un gros patch de poils roussis et bouclés) et celui de la prise du salon (noire), je suppose qu'elle a envoyé les dents ou les griffes sur le fil de la lampe de chevet, et que la salive ou l'eau de la douche ont fait le reste. Arrêt cardiaque en imaginant les conséquences d'une patate de 220 volts sur une bestiole de 400 grammes, mais nada - elle est juste un tout petit plus câline ce soir, calée sur mes genoux pendant mon épisode vespéral de NCIS (dans celui de lundi Abby sauve un portable dans le même état que le mien, comme quoi son heure n'était pas encore venue, j'aurais eu l'info de toute façon).
Au programme aujourd'hui, matinée à Ensuès, mon patient s'endort vers onze heures et sa femme me propose très généreusement d'aller m'en griller une dehors. Le gars qui lui installe une poubelle d'extérieur en parpaings me complimente sur ma jupe - ah non monsieur, c'est un sarouel, ah ah :) Treize heures dix, la relève, je récupère mon tartare au frigo et fonce pour La Ciotat, une heure de route pile poil, quatre heures avec mon patient pas attachant mais j'ai de la lecture, ça va le faire. Sauf que non. Parce que des fois, je suis con, et des fois, même, je suis très con. Le topo, c'est qu'en partant d'Ensuès, j'ai deux options pour regagner Marseille (passage obligé pour La Ciotat, pour les estrangers). Soit l'A7, qui longe Plan-de-Campagne et m'emmène à toutes les entrées possibles et imaginables de Marseille, genre Nord, centre-ville, et Vieux-Port, soit l'A55, aka l'autoroute du Littoral, qui comme son petit nom l'indique, longe le bord de mer, les ports industriels, les ports de croisière, et plonge dans le tunnel du Vieux-Port qui ressort trois minutes après sur l'autoroute pour La Ciotat. En temps normal, c'est donc celle que je prends, le moyen le plus rapide de pas s'emmerder à traverser le centre-ville en début d'après-midi. Aujourd'hui, un peu avant la bifurcation fatale, un panneau lumineux informe charitablement que l'A55L est fermée. Aucune idée du tronçon concerné par ce "L", et idée oh combien naïve que comme c'est les vacances, même en devant sortir à la Joliette et traverser le Vieux-Port et le centre-ville pour récupérer l'autre autoroute, ça ira.
J'aurais mieux fait de manger mon volant. J'ai pas bien tout compris à ce qui s'est passé (à commencer par pourquoi fermer précisément ce tronçon d'autoroute, en plein milieu de journée, sans fermer la dernière entrée qui y arrive, et sans fermer l'autre sens (on voit l'état de la circulation d'en bas, c'est un viaduc)), je me suis juste retrouvée dans le PIRE embouteillage de ma vie. Coincée entre le bord de mer à gauche, la zone industrielle à droite, des camions partout au milieu, deux millions de voitures autour, j'ai atteint la Joliette vers quinze heures trente, soit deux heures de route pour faire les dix kilomètres depuis le début du bouchon de sortie obligatoire de l'autoroute. Il a fait trente degrés au plus chaud du marasme, j'avais tombé les godasses, j'ai bronzé du pied gauche, appuyé au rétro. Le centre-ville était intégralement bouché - le Vieux-Port étant quasiment impraticable à cause des travaux de piétonisation et la fermeture du bas de la Canebière, toute la rue de la République était immobilisée, et par Saint-Charles c'était pas mieux. Bien sûr j'avais prévenu la mère de mon patient vers deux heures moins le quart, et quand elle a rappelé au moment où j'arrivais en ville, on a conclu que comme je n'atteindrais pas l'autoroute avant une bonne heure, je serais chez elle vers dix-sept heures au plus tôt, pour une fin d'intervention à dix-huit heures. Je suis rentrée chez moi. Il était seize heures trente. Je ne peux pas le publier dans Le coup de gueule qui sert à rien mais qui soulage, c'est de ma faute. La prochaine fois qu'une autoroute est fermée, je prends l'autre. La prochaine fois que je suis coincée dans une merde pareille, je fais demi-tour, même si je dois raboter mon bas de caisse sur un terre-plein de séparation.
A part ça, j'ai réussi l'écrit de Nantes. Plus que 1580 candidats en lice pour les oraux.
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