enfer et damnation !!!
Adonc, levée tôt, pleine de pep's, je m'atelle courageusement à la pénible mission d'aller au service des cartes grises pour tenter d'en finir une bonne fois pour toutes avec ce boulet - pour rappel (ou info), j'avais laissé ma titine à une collègue pendant mes congés d'hiver l'an dernier, et le temps que je revienne, elle avait démissionné en embarquant la carte grise, ce qui fait de moi une hors-la-loi depuis un an et demi. Echaudée par les péripéties du dépôt de plainte au commissariat, j'aurais du me méfier. En effet, la première tentative s'était soldée par un constat de non-légitimité de la plaignante, puisque je ne suis pas la propriétaire du véhicule, et la deuxième tentative s'était heurtée à l'absence totale de bonne volonté du planton de garde au guichet, qui arguait du fait qu'il n'y avait pas preuve de vol, mais simple perte, or la responsable des véhicules m'avait bien seriné qu'il fallait que je déclare un vol pour qu'on évite de payer la nouvelle carte grise. J'avais finalement résolu le problème en changeant de commissariat et en inventant une petite histoire de vol de sac à l'arrachée subi lors d'un accompagnement de mémé centenaire et flageolante dans le centre commercial d'un arrondissement particulièrement mal famé, et avais eu la chance que mon petit mensonge soit favorablement accueilli par une charmante agente, après seulement vingt minutes en salle d'attente.
Las, ce jour fut celui de la brutale retombée dans le monde réel des services administratifs tels qu'on les imagine au pire de leur caricature. D'abord, bien sûr, j'ai tourné pour trouver une place, après avoir pesté contre tous ces aoûtiens qui encombrent encore le centre-ville. Ensuite, je me suis chaleureusement félicité d'avoir embarqué le tome dix du Trône de Fer, rapport aux trois quarts d'heure de queue (si si... le gentil monsieur de la préfecture, où naïvement je pensais clore la question en sortant du commissariat, m'avait bien prévenue qu'il y aurait du monde, mais un tel bordel, pardon), et puis je me suis bien maudite, au bout d'un moment, d'avoir voulu faire la belle sur mes compensées, car si la lecture m'a tenue à l'abri des récriminations de l'entourage bruyant et plaignard, elle n'a rien pu faire contre les gémissements lancinants de mes pieds, peu habitués à pareil traitement. J'arrive finalement devant le guichet, braille pour me faire entendre à travers l'hygiaphone, et obtiens en trois minutes chrono de quoi avoir envie de poser des bombes en sortant, à savoir 1) une déclaration de vol à faire tamponner au commissariat (mais pourquoi ne me l'ont-ils pas faite sur place, bordel de merde ?!!), 2) une demande de K-Bis et la carte d'identité du gérant (la guichetière était tellement pressée de renseigner le type derrière moi que je n'ai pas eu la moindre possibilité de lui expliquer que je ne saurais lui fournir ces documents, qui sont disponibles pour une entreprise mais pas pour une association), et 3) un avis de règlement de cinquante-sept euros et des brouettes (donc aucun intérêt par rapport à une déclaration de perte...). Bref, une heure et demi, trajet compris, pour, euh, rien ? A part bien sûr le constat que mieux vaut vivre en piéton, et n'avoir rien à faire avec les flics, quel que soit le côté de la loi où on se trouve.
J'avais bien pensé me trouver une petite compensation au charity shop de la Croix-Rouge, juste à côté, mais les vêtements, bien que bradés à un euro, étaient tous pas beaux, à part un tee-shirt à manches longues estampillé Gsus Industries en orange sur fond kaki - mais si j'adore leurs créations, je suis pas une femme-sandwich, donc niet. Ensuite ce fut un retour fastidieux à la maison pour une pause déjeuner bien méritée, puis nouveau départ à l'assaut de Gadec, mon magasin de bricolage chéri, pour tenter de dénicher un tuyau de douche du genre qui ne m'oblige pas à des contorsions acrobatiques pour éviter qu'il se plie et me sucre le débit d'eau nécessaire à une douche en bonne et due forme, et accessoirement, un mitigeur pour le robinet de la baignoire, un peu fastidieux à régler avec le chauffe-eau (même si ce dernier fonctionne parfaitement, comme on me l'a confirmé ce matin :)). Après une bonne demi-heure de route, toujours encombrée par des pébrons qui admirent le ciel à vingt à l'heure, j'arrive devant mon temple de la bricole pas cher, et là, drame, ce vorace de Weldom a tout racheté, le salaud !!! Et il est de mèche avec Gifi, qui a remplacé le rayon sanitaires, mais quel scandale ! Le mitigeur que je veux n'est plus en rayon, tu m'étonnes, à dix euros, et le modèle suivant trois fois plus cher, la rupture de stock doit se faire en deux heures, mais je dégote un grand lampion chinois pour la salle de bain, trois ampoules basse conso pour moins cher qu'une seule de chez Oxam, et le fameux tuyau de douche, que putain à vingt euros pièce je vais apprécier ce petit plaisir matinal encore plus que d'habitude. Au retour, petit saut chez Weldom de la place Sébastopol, ouf, ils ont le mitigeur, petite bonne action du jour en rappelant le client juste devant moi pour qu'il récupère sa carte bleue laissée dans le - tiens, comment s'appelle donc cet engin ? un terminal de paiement, allez, ça fait classe, et petite escale au Biocoop, où je fais une razzia financièrement outrancière de produits de beauté et de galettes de légumes. De retour à la maison, ça m'aurait étonnée, le mitigeur ne s'adapte pas à mes sorties d'eau, malgré le raccord fourni, et pourtant il ne s'en faut que d'un centimètre de chaque côté, mais quelle plaie la plomberie...
Enfin bon, la journée n'a pas été complètement perdue, et on trouve encore des professionnels consciencieux, puisque le chauffagiste de ce matin a gentiment appelé l'agence pour leur dire qu'il passera me changer le robinet de la cuisine - je lui ai bien dit que ça faisait partie de mes projets, mais il faut croire qu'il est du genre à penser qu'une femme ça sait pas changer un pneu, et j'ai pas eu le temps de lui montrer mon placard à bricolage. Et puis j'ai laissé libre cours à ma créativité et accroché plein de cartes à la cuisine, et aussi, ah ah, fixé au mur cet égouttoir à couverts de merde qui fait rien qu'à tomber quand il est plein - et impossible d'en trouver un autre plus sympa, je sais pas si vous avez remarqué, mais c'est pire qu'aux années noires du communisme, y a soit le modèle en lattes de pin, ridiculement petit et qui développe en un mois une collection de moisissures à faire pâlir de jalousie le laborantin moyen, soit le modèle pseudo-indus en métal brossé à trous-trous de chez Ikéa, vilain qu'il en peut plus et plus répandu qu'une gastro galopante, et c'est tout, à croire qu'aucun designer n'a envie de se pencher sur cet accessoire fondamental de l'équipement domestique. J'avais bien pensé à mettre un pot de fleur (sans fleurs, bananes), mais le rebord de l'évier est trop petit, vacherie.
Sur ce, je vous laisse, Lumi a une crise de ludisme et faut que je la défoule à grands coups de peluche...
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