bricol girl, ça faisait longtemps
Adonc, un dimanche à Allauch, je reçois un texto d'André : "Quelqu'un a cassé un carreau de la cuisine...". WTF ??? Y a eu un carton, on s'est pris un morceau de corps humain dans la vitre suite à un carambolage ? Un furieux bourré a réussi à viser suffisament juste à travers les barreaux pour défouler sa haine sur mon sticker chat qu'avait rien demandé à personne ? La voisine du dessus a lâché son panier de pinces à linge en fer à béton pile au moment où une rafale de mistral tentait de traverser le magnifique vénilia rouge qui obstrue le trou de la grille d'aération en plastique ? Que nenni, hélas, la réalité comme souvent est encore plus surréaliste que mes élucubrations : un connard de minot s'emmerdait avec son manche à balai et a décidé que cet après-midi-là était le moment idéal pour une étude balistique des capacités contondantes de l'objet sus-nommé. Après un long moment de récriminations hautement décibélatoires à base de "Putain de merde mais faut vraiment être trop con pour imaginer faire des conneries pareilles" et "Putain de bordel de môme de merde t'as de la chance que j'ai pas été là sinon j'te raconte même pas où aurait fini le manche à balai", je m'interroge sur le nombre de flics que je peux faire mourir de rire en portant plainte pour bris de vitre, et sur la pertinence d'une déclaration à l'assureur, étant posée l'équation [(coût d'une vitre avec découpe = 20 euros maximum) - (franchise habitation = 115 euros minimum)].
A mon retour, André a fermé les volets et laissé la vitre en place, subtilement retenue par le vénilia et le blender, pour contrer les tentatives escapatoires de mon chat pas sticker. Je peste tant et plus, eu égard à la luminosité encore réduite de l'appart (je déteste les volets fermés). Puis profitant d'une fin de mois pauvre en heures (ma patiente étant décédée samedi) [ici, petit aparté pour la remercier de m'avoir appris plein de choses sur le plan technique, et confirmé que ce boulot est bel et bien fait pour moi, contrairement à nombre de mes auto-préjugés, dont mon égoïste primitif, mon inhabitude du travail en équipe et mes soucis de gestion des conflits], profitant de mon temps libre, donc, matérialisé sous la forme d'un week-end de trois jours, je pars lundi en mission Gadec, histoire d'acheter une vitre et du grillage (tu vas voir, petit con, si ton manche à balai passe par du grillage à poule de 13mm). Oups, ils sont en travaux, c'est le bordel, je demande quatre fois où est délocalisé le rayon découpe, je cherche le grillage au rayon jardin mais en fait c'est juste à côté de l'animalerie donc à l'étage, contrairement à la découpe qui est au fond à droite en bas oui mais où, je finis par trouver, la découpe autogyre est à 10 euros, ah oui mais on la fait plus mademoiselle, je suis désolé mais on n'a plus l'outillage - et mon charmant menuisier qui est de repos aujourd'hui, j'le savais mais quand même, bref, je repars sans mes vitres mais avec mon grillage et ô miracle sans aucune connerie bricolistique dont je n'aurais pas un besoin urgentissime (oui ben y en a c'est chez Sephora qu'elles craquent, hein, alors bon).
Je me rabats sur la chaine au nom barbare qui a remplacé ce bon vieux Mr Bricolage place Sébastopol, et là, début du gag. Oui on fait la découpe mais enfin moi personnellement non, faut que je vois avec mon collègue s'il est disponible, ben en attendant tu peux noter "Deux vitres en 58.5 sur 39.5 et 3mm d'épaisseur dont une avec autogyre", et je vous laisse même le cercle de fixation de la grille d'aération comme ça vous aurez les mesures exactes pour faire le trou (histoire qu'il gyre bien même si c'est pas tout seul), je peux repasser en fin de journée ? Ah ben plutôt demain matin, bon ok, je vais pas m'énerver tout de suite, pour l'instant je vous accorde le bénéfice du doute. Mardi matin, je repasse, un autre employé, tiens ça tombe bien c'est le gars qui manipule l'autogyre, alors vous avez eu le temps de vous occuper de ma commande ? Ah ben non, je suis pas au courant, c'est quoi ? Ggn. Alors ça tu vois c'est un papier sur lequel ton collègue a noté ce qu'il me faut, et ça c'est le gabarit que je lui ai laissé, donc si par hasard un jour vous décidez de vous mettre à bosser, peut-être que j'ai des chances de remplacer mon carreau au lieu de le déduire de la caution dans trois mois. Je peux repasser un peu plus tard peut-être, en début d'après-midi ? Ah ben non ça sera pas fait (pourtant celui-ci avait l'air un peu moins engourdi que l'autre, mais peut-être que du coup il est surchargé de travail), plutôt en fin de journée, ok, puis en fait non, je rentre d'un enterrement, j'ai raté le kiné, j'ai juste envie de me pomponner et d'aller dormir chez mon chéri, on verra demain midi.
Ce jour d'hui donc j'y retourne après le repas, et m'approche du comptoir d'un pas décidé et accompagnée d'André, ce qui ajoute manifestement du crédit puisque du coup le responsable (un troisième gars, que je déduis comme tel car plus âgé) qui comptait s'esquiver discrétos revient, et je lui réclame ma commande. Ah ben je suis pas au courant - c'est une blague ?? Ah oui y a une vitre avec un trou, là, c'est ça ? Non, j'avais demandé DEUX vitres, et mon cercle de fixation il est passé où ? Ah ben je suis pas au courant - nan nan nan, je veux bien qu'il soit en plastique tout moche cuit et recuit à la graisse de cuisine assaisonnée de poussière de rue marseillaise, mais comment te dire que j'en ai besoin, parce que je vois pas bien à quoi me sert une vitre trouée si j'ai rien à mettre dans le trou. Et non, j'attendrais pas vingt minutes que ton employé daigne rentrer de sa pause déjeuner, même si j'aurais grand plaisir à lui dire deux ou trois choses désagréables, il a de la chance que j'ai autre chose à foutre. Sérieusement, il leur a fallu deux jours pour comprendre ce que je voulais, et au final non seulement ils n'ont fait que la moitié du boulot mais en plus ils me perdent mon matos - j'ose même pas imaginer le dépit du mec qui leur commande une baie vitrée chantournée en verre dépoli...
Bon, je repars quand même avec ma vitre à trou sous le bras, et arrivée à la maison, m'attaque à l'échange. Tout un programme... 1) Débarrasser tout le matos sur le frigo et la table (blender, grille-pain, chat curieux, bouilloire, pot à ustensiles, panier à couverts, chat têtu, livres de cuisine, planche à pain, bouteille d'eau, chat casse-burnes, etc). 2) Monter sur le frigo pour pouvoir soulever le store pour pouvoir ouvrir la fenêtre pour pouvoir attaquer le boulot. Redescendre, en esquivant la bassine à vaisselle, et le chat. 3) Attaquer le démontage de la vitre en morceaux. Chouette, avec le vénilia rabattu sur les bords, je risque pas trop de me couper. Non non, sérieusement, d'autant que le mastic, sur trois côtés, est mou - curieux, ça, la remise en état de l'appart datant d'avant mon arrivée, j'aurais pensé qu'en cinq ans il aurait eu le temps de sécher... Ah, tiens, c'est pas des clous de vitrier qui tiennent la vitre en place mais de minuscules bouts de lame de cutter, ah ah, c'est une blague récurrente chez les poseurs de mastic ? Et puis attaquer le mastic d'époque sur le côté droit de la vitre, qui a eu le temps, lui, de sécher, en deux siècles et demi, ben ça se fait pas à la spatule, mais au ciseau à bois et au marteau, hein, alors, le chat, si tu veux pas finir crucifié à la place de ton homonyme sticker, t'as intérêt à porter ta curiosité beaucoup plus loin.
Au final, bien sûr, j'ai réussi à poser la vitre, le mastic c'est sympa à travailler, ça colle partout, aux doigts, aux cheveux, au nez, à la spatule, au chat, mais pas au rebord de la vitre, ah ah, sinon c'est moins fun et y a pas de mérite - nan, j'exagère pour le chat, Lumi a préféré aller renverser pour la quatorzième fois le verre qui héberge mes increvables cyclamens, histoire de constater que non, décidemment, l'eau aromatisée aux miettes de tabac servie sur son lit de table en bois ciré, c'est pas bon à laper. Après, j'ai posé le grillage autour des barreaux et balayé tous les débris - mastic peint mais pas sec, bouts de lame de cutter, mastic millésimé, verre avec vénilia, poils de chat, miettes de pain, gouttes de sang (ah oui, les pinces coupantes, par définition, ça pince et ça coupe, s'en foutent que ça soit tes doigts plutôt que du fil de fer), et puis comme j'ai pas pu remettre la grille d'aération, et que j'allais pas coller du vénilia sur un carreau tout neuf, et que j'ai eu la flemme de rabattre le grillage sur les côtés de la fenêtre, ben j'ai refermé les volets, histoire que le chat ne parte pas en mission d'exploration pendant que je serais au bureau en train d'échanger mes dernières impressions sur ma patiente avec le reste de l'équipe. Bref, peut-être que le deuxième carreau "fendu" mentionné sur l'état des lieux va rester en l'état tout court, pour l'instant...
Publicité