mistral

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Ou Comment remplir un samedi après-midi en brassant du vent...
 
Frustrée de balade le week-end dernier pour cause de grasse mat' prolongée de mon homme et de ménage intensif, j'avais décidé que samedi, coûte que coûte, on irait vérifier si notre jolie crique de Callelongue était aussi agréable en novembre qu'en mars. Bien sûr, vendredi, le mistral soufflait rudement, et j'avais donc opté pour un oubli stratégique du maillot de bain le lendemain, mais comme dit Tryo, un peu de vent dans les cheveux, ça parait pas important mais c'est très bon pour eux - et puis l'exercice, ça réchauffe.
Après un déjeuner sans grand intérêt (le frigo étant vide, c'est pas la gastronomie qui nous étouffe ces derniers jours), et une heure de pause café-lecture-clope, nous v'là partis, chaudement vêtus, et pour ma part, gonflée à bloc (j'adore le mistral, en fait). Raphaël émet l'idée, certes pertinente, que les calanques seront peut-être fermées au public avec un temps pareil, mais quand on arrive à Callelongue, des randonneurs rôdent, et on trouve une place nickel juste avant le rond-point qui signe le bout de la route. Bien. Plaisir nostalgique de retrouver les caillasses si fréquemment fréquentées avant le début de la saison touristique, plaisir vicieux de commencer la grimpette et de sentir que mes cuisses râlent sous l'effort de trimballer trois kilos supplémentaires, plaisir tout court de sentir les odeurs de sel, d'iode et de résine à chaque bourrasque. Ceci dit, sors les mains des poches de ta polaire, en cas de gamelle c'est pas des odeurs que tu vas prendre dans le nez... Bien sûr, j'ai les cheveux qui alternent dressages furibonds sur le crâne et coups de fouet sur les joues, et Raphaël ressemble à une montgolfière avec son coupe-vent ushuaïesque, mais on avance d'un bon pas, relativement abrités par la roche le temps de contourner la crique où commence la balade.
En arrivant sur le front de mer, sans plus rien pour arrêter le mistral, la donne change brutalement. De promenade vivifiante, petit défi sans conséquence à ce climat extrême, on passe à l'aventure épique qui menace de tourner au drame pour peu qu'on s'obstine. Pour moi, en fait, tout baigne : mon petit gabarit m'assure un centre de gravité plutôt bas, mes fringues sont plutôt moulantes, mes genoux acceptent de plier, bref, comme dit Tarmac, si on marchait jusqu'à demain... Mais pour Raphaël, c'est une autre paire de manches !! D'abord, on le sait depuis Brassens, le vent fripon est farceur, et il a sournoisement tenté d'embarquer ses lunettes, rattrapées in extremis avant de finir éclatées sur les rochers en contrebas. Donc, il les garde dans sa poche, et comme il n'y voit plus grand-chose, sa confiance en lui en prend un vieux coup dans l'aile. Et puis, son coupe-vent est peut-être très efficace, doublé qu'il est de polaire, mais le vent a tôt fait de lui mettre la capuche, et les petites boules en plastique qui permettent de resserrer les cordons lui giflent méchamment les joues - ce qui, même avec la barbe, finit par lasser. Ajoutez à ça l'ampleur de la fringue, gonflée d'air, et la stature du porteur, et vous aurez une idée de la surface qui s'oppose en vain aux rafales. Constatant que la marche à quatre pattes n'est pas l'idéal pour crapahuter plus avant, je propose un repli stratégique, mais le demi-tour n'est pas aussi évident que prévu. J'ai franchement eu peur, à une ou deux reprises, que Raphaël se croûte méchamment, et qu'on finisse lamentablement en fait divers du week-end dans le canard local.
On a décidé, après coup, que le mistral devait souffler à pas loin de 110 km/h ce jour-là.

Du coup, histoire de ne pas rentrer de suite, et puisqu'on était pas loin, je propose une virée à Emmaüs. Qui sait, on trouvera peut-être la cocotte-minute de mes rêves et un bureau digne de ce nom pour maurice. Ah, malheureuse... Pourtant, je le sais, que la moitié de la ville s'y rend le samedi après-midi !! On a là encore sévèrement écourté la visite, d'autant qu'il y avait une "grande vente" et que seul le meilleur matériel était exposé. J'avais plus mes repères, et pas un brin l'envie de fouiller avec tant de monde autour.
On s'est replié sur des courses express chez Leader Price, à Ste-Anne, juste de quoi faire un pique-nique décent pour Raphaël, en tournoi à Toulouse aujourd'hui.

Bref, on a réussi l'exploit de ne rien faire de particulièrement constructif, tout en passant l'après-midi dehors. Mais on a quand même bien rigolé !
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Publié dans petites histoires

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