nan mais là ça va pas être possible
Ca commence gentiment début avril, avec une excentricité entomologique qui interloque les passant, rue Bussy l'Indien : un genre de croisement cafard-blatte-char d'assaut, jaune, rouge, marron et décimétrique, qui se balade en rond au milieu du caniveau en pleine aprèm, avec un air de dire "Je suis un peu perdu mais je vais m'en sortir tout seul, merci". Un truc tellement improbable hors de Madagascar que ça fait plutôt sourire - la mondialisation, l'ouverture des frontières, la libre circulation, tout ça. Enfin, ça impose quand même un peu le respect, et celui qui l'écrase, une bestiole pareille, peut se sentir un peu fier (et jeter ses godasses, pleines d'oeufs de blattes géantes, mmh). Là où je m'extasie niaisement devant les merveilles si variées de dame nature, Raph soutient que quitte à choisir pour un élevage, il préfère mordicus nos bons vieux cafards tout moches et tout noirs, certes, mais de dimensions bien plus raisonnables.
Ca continue moins sympa hier matin. Alors que j'émerge doucettement d'une couette chauffée par le chat, j'entends mon homme sortir en couinant de la salle de bains, où une blatte se balade entre le chiotte et la douche. Il s'excuse de son manque de virilité couillue, mais la taille et les couleurs du truc le distinguent nettement du cafard standard et à six heures du matin à poil, même en pantoufles, ça fait un choc. Du coup, je fais celle qui assure, mais avant que j'ai pu choper la bête sous un verre, elle s'immisce sous le pied de la cuvette des chiottes et nous libère la place. Ah, j'pensais en profiter pour pisser, mais finalement je vais attendre un peu...
Comme on en a déjà croisé dans l'appart - enfin, des cafards standard - je ne m'inquiète pas trop. Faut dire que la dernière fois, c'était assez violent : un petit matin d'hiver, je décide de mettre mes bottes, vous savez, les bordeaux avec les petits ronds brodés, toutes mimi même si elles me font un peu des péniches, rapport au fait que les fabricants envisagent qu'on puisse avoir des grands pieds mais pas des mollets de marcheuse (et donc que j'ai du prendre une pointure en plus pour pouvoir fermer la fermeture éclair sur le côté - bref). Donc j'attrape une botte, je l'enfile, je fais pareil avec l'autre, et là je sens un truc au bout de la botte, genre une bouloche, un peu gênante. J'enlève la botte incriminée, je la secoue la tête en bas (le pied en haut, en fait, mais vous aviez rectifié), et là, hoquet de stupeur, un cafard mort et en voie de dessèchement qui tombe à mes pieds - dont un non protégé !!. Rhâh de dégoût, mais je me reprends, et je ré-enfile la botte. Arf, il reste un truc au fond - bon, cette fois c'est une bouloche, merde ! Ben non, c'est le reste du cafard, qui, allez comprendre, était sectionné. Comme j'étais à la bourre et que je suis une fille, pas moyen de changer de chaussures sans changer de tenue, donc je garde les bottes - et les orteils crispés dedans toute la journée. Vous comprendrez qu'après cet épisode où j'ai fait montre d'une absolue maîtrise de mes nerfs, j'allais pas me laisser retourner par une pauvre blatte en vadrouille, même exotique.
Sauf que. Ce matin, re-réveil à une heure indue, puisque Raph bosse toute la semaine à 7 heures et qu'en petite femme dévouée je le dépose au boulot. Je sors nonchalamment de la chambre, et enjambe tout aussi désinvoltement une bouloche qui traverse le salon - ah non, c'est notre visiteuse d'hier, ou une de ses copines. Argh. Bon, là, elle va pas me faire chier. Passé le haut-le-coeur initial, je prends un verre, vire le fauteuil sous lequel elle se croit à l'abri, et la coince. Elle est vive, mais moins que moi, la bougresse. Comme je suis à poil, je diffère le moment de la faire glisser du sol sur un carton pour la foutre dehors. Raph propose bien de la noyer dans les chiottes, mais quand on sait comment un banal mégot de clope résiste envers et contre tout au tourbillon de la chasse d'eau, je me dis que c'est pas une bonne idée de condamner un accessoire aussi indispensable à notre hygiène en y balançant cette saloperie. Donc la blatte reste comme une conne sous son verre, et je chasse Lumi, qui commence à y donner des coups de patte prédateurs - manquerait plus qu'elle la fasse sortir.
Je file dans la chambre pour enfiler une fringue, et là, l'horreur. Accroché à l'interrupteur de la chambre, il y a les baguettes de diabolo de Raph. Et accrochée à l'une des baguettes, il y a une deuxième blatte monstrueuse - enfin, pas plus que la première, sauf que si parce que je ne m'y attendais vraiment pas. Ah, là, je sens une crise de panique prête à sortir de ma bouche hurlante. Raph, voyant mon état s'approcher dangereusement de l'hystérie, propose d'enfiler un sac en plastique autour des baguettes et de la coincer dedans. Je vais chercher le sac - sur lequel trône une petite araignée qui me regarde d'un air farouche. Mais qu'est-ce que vous avez tous ce matin, nom de Zeus !!!! Bon, elle ne fait pas le poids à côté de la menace dans la chambre, donc je la dégage, je choppe le sac, on se concerte sur qui tient le sac et qui secoue la baguette - façon langue des signes pour ne pas donner l'alerte à la bestiole parce que si elle commence à se carapater au milieu du bordel qui traine dans la piaule, on est marron. Finalement, semi-échec puisque la blatte se retrouve sous le sac, au sol, et commence à galoper frénétiquement pour esquiver cette tentative manifestement hostile d'assassinat en bonne et due forme. Après une seconde de panique à savoir si je lache le sac pour pas qu'elle sorte, je file chercher un deuxième verre et je la coince comme sa prédécesseuse.
Bilan, deux méga-blattes qui l'ont dans le cul lulu, mais je suis toujours à poil, et en pleine crise de nerfs (oui, ça y est, c'est lancé). Respiration haletante, coups d'oeil à droite à gauche en haut en bas tel un lapin apeuré laché dans la garenne sauvage sans sa maman, larmes qui dégoulinent, tremblements généralisés, bref c'est la loose. Et là, mon mec assure, me prend dans ses bras, me parle rationnellement, me console, bref, on sent le gars habitué à gérer des crises de folie handicapantes. Finalement, je m'habille, on chope un carton à glisser sous les verres, je m'allume une clope, la tension redescend, la vie redevient à peu près normale. Je choppe la blatte de la chambre que Raph a pris sur lui de poser sur le carton sous le verre, je sors de l'immeuble, et je la balance d'un geste décidé dans le caniveau - sauf que je rate l'écoulement d'eau et que cette chanceuse va se planquer sous une bagnole. Je répète l'opération avec celle du salon, et là, j'ai le plaisir sadique de la voir se débattre, sur le dos, dans la flotte. Bien fait, fallait pas me faire chier de bon matin.
Mais il était écrit que ça serait la journée nationale de l'emmerdement par les blattes. En re-re-ressortant de l'immeuble, avec Raph cette fois-ci, pour enfin partir au boulot, je bloque sur le seuil de la porte. Un cafard, certes noir, mais deux fois plus large, non pas que ses congénères habituels, mais que les blattes démesurées que je viens juste de combattre, inspecte soigneusement la plaque d'égoût, là, devant moi. AAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !!!!
J'en ai rien à foutre que la pluie ait inondé leurs cabanes, j'en ai rien à foutre que ça soit le printemps et l'époque des grandes migrations, je vais calmer les ardeurs expansionistes de tout ce petit monde de l'ombre et les dissuader de venir coloniser MON territoire, en faisant un saut demain à l'aube chez l'exterminateur réputé de la rue de la Palud. En attendant, ce soir, je dors avec la lumière...
Ca continue moins sympa hier matin. Alors que j'émerge doucettement d'une couette chauffée par le chat, j'entends mon homme sortir en couinant de la salle de bains, où une blatte se balade entre le chiotte et la douche. Il s'excuse de son manque de virilité couillue, mais la taille et les couleurs du truc le distinguent nettement du cafard standard et à six heures du matin à poil, même en pantoufles, ça fait un choc. Du coup, je fais celle qui assure, mais avant que j'ai pu choper la bête sous un verre, elle s'immisce sous le pied de la cuvette des chiottes et nous libère la place. Ah, j'pensais en profiter pour pisser, mais finalement je vais attendre un peu...
Comme on en a déjà croisé dans l'appart - enfin, des cafards standard - je ne m'inquiète pas trop. Faut dire que la dernière fois, c'était assez violent : un petit matin d'hiver, je décide de mettre mes bottes, vous savez, les bordeaux avec les petits ronds brodés, toutes mimi même si elles me font un peu des péniches, rapport au fait que les fabricants envisagent qu'on puisse avoir des grands pieds mais pas des mollets de marcheuse (et donc que j'ai du prendre une pointure en plus pour pouvoir fermer la fermeture éclair sur le côté - bref). Donc j'attrape une botte, je l'enfile, je fais pareil avec l'autre, et là je sens un truc au bout de la botte, genre une bouloche, un peu gênante. J'enlève la botte incriminée, je la secoue la tête en bas (le pied en haut, en fait, mais vous aviez rectifié), et là, hoquet de stupeur, un cafard mort et en voie de dessèchement qui tombe à mes pieds - dont un non protégé !!. Rhâh de dégoût, mais je me reprends, et je ré-enfile la botte. Arf, il reste un truc au fond - bon, cette fois c'est une bouloche, merde ! Ben non, c'est le reste du cafard, qui, allez comprendre, était sectionné. Comme j'étais à la bourre et que je suis une fille, pas moyen de changer de chaussures sans changer de tenue, donc je garde les bottes - et les orteils crispés dedans toute la journée. Vous comprendrez qu'après cet épisode où j'ai fait montre d'une absolue maîtrise de mes nerfs, j'allais pas me laisser retourner par une pauvre blatte en vadrouille, même exotique.
Sauf que. Ce matin, re-réveil à une heure indue, puisque Raph bosse toute la semaine à 7 heures et qu'en petite femme dévouée je le dépose au boulot. Je sors nonchalamment de la chambre, et enjambe tout aussi désinvoltement une bouloche qui traverse le salon - ah non, c'est notre visiteuse d'hier, ou une de ses copines. Argh. Bon, là, elle va pas me faire chier. Passé le haut-le-coeur initial, je prends un verre, vire le fauteuil sous lequel elle se croit à l'abri, et la coince. Elle est vive, mais moins que moi, la bougresse. Comme je suis à poil, je diffère le moment de la faire glisser du sol sur un carton pour la foutre dehors. Raph propose bien de la noyer dans les chiottes, mais quand on sait comment un banal mégot de clope résiste envers et contre tout au tourbillon de la chasse d'eau, je me dis que c'est pas une bonne idée de condamner un accessoire aussi indispensable à notre hygiène en y balançant cette saloperie. Donc la blatte reste comme une conne sous son verre, et je chasse Lumi, qui commence à y donner des coups de patte prédateurs - manquerait plus qu'elle la fasse sortir.
Je file dans la chambre pour enfiler une fringue, et là, l'horreur. Accroché à l'interrupteur de la chambre, il y a les baguettes de diabolo de Raph. Et accrochée à l'une des baguettes, il y a une deuxième blatte monstrueuse - enfin, pas plus que la première, sauf que si parce que je ne m'y attendais vraiment pas. Ah, là, je sens une crise de panique prête à sortir de ma bouche hurlante. Raph, voyant mon état s'approcher dangereusement de l'hystérie, propose d'enfiler un sac en plastique autour des baguettes et de la coincer dedans. Je vais chercher le sac - sur lequel trône une petite araignée qui me regarde d'un air farouche. Mais qu'est-ce que vous avez tous ce matin, nom de Zeus !!!! Bon, elle ne fait pas le poids à côté de la menace dans la chambre, donc je la dégage, je choppe le sac, on se concerte sur qui tient le sac et qui secoue la baguette - façon langue des signes pour ne pas donner l'alerte à la bestiole parce que si elle commence à se carapater au milieu du bordel qui traine dans la piaule, on est marron. Finalement, semi-échec puisque la blatte se retrouve sous le sac, au sol, et commence à galoper frénétiquement pour esquiver cette tentative manifestement hostile d'assassinat en bonne et due forme. Après une seconde de panique à savoir si je lache le sac pour pas qu'elle sorte, je file chercher un deuxième verre et je la coince comme sa prédécesseuse.
Bilan, deux méga-blattes qui l'ont dans le cul lulu, mais je suis toujours à poil, et en pleine crise de nerfs (oui, ça y est, c'est lancé). Respiration haletante, coups d'oeil à droite à gauche en haut en bas tel un lapin apeuré laché dans la garenne sauvage sans sa maman, larmes qui dégoulinent, tremblements généralisés, bref c'est la loose. Et là, mon mec assure, me prend dans ses bras, me parle rationnellement, me console, bref, on sent le gars habitué à gérer des crises de folie handicapantes. Finalement, je m'habille, on chope un carton à glisser sous les verres, je m'allume une clope, la tension redescend, la vie redevient à peu près normale. Je choppe la blatte de la chambre que Raph a pris sur lui de poser sur le carton sous le verre, je sors de l'immeuble, et je la balance d'un geste décidé dans le caniveau - sauf que je rate l'écoulement d'eau et que cette chanceuse va se planquer sous une bagnole. Je répète l'opération avec celle du salon, et là, j'ai le plaisir sadique de la voir se débattre, sur le dos, dans la flotte. Bien fait, fallait pas me faire chier de bon matin.
Mais il était écrit que ça serait la journée nationale de l'emmerdement par les blattes. En re-re-ressortant de l'immeuble, avec Raph cette fois-ci, pour enfin partir au boulot, je bloque sur le seuil de la porte. Un cafard, certes noir, mais deux fois plus large, non pas que ses congénères habituels, mais que les blattes démesurées que je viens juste de combattre, inspecte soigneusement la plaque d'égoût, là, devant moi. AAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !!!!
J'en ai rien à foutre que la pluie ait inondé leurs cabanes, j'en ai rien à foutre que ça soit le printemps et l'époque des grandes migrations, je vais calmer les ardeurs expansionistes de tout ce petit monde de l'ombre et les dissuader de venir coloniser MON territoire, en faisant un saut demain à l'aube chez l'exterminateur réputé de la rue de la Palud. En attendant, ce soir, je dors avec la lumière...
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