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Ayant souligné auprès de ma responsable le fait que j'aime bien mon patient italien mais que quatre matinées chez lui, ça fait un peu beaucoup (comme chez n'importe qui, en fait), elle m'en a fait sauter au petit bonheur la chance, et juste pas celle que je ne veux plus (à savoir le vendredi). Ce matin, donc, au lieu de lui distribuer des bons points pendant la toilette et de discuter des dernières conneries qu'il a trouvé sur Facebook, je suis allée me perdre du côté de la Valbarelle, pour aller faire les courses d'une mamie. Je termine dans les temps, charge le coffre, vérifie le pneu arrière gauche qui m'a l'air un peu faiblard, m'installe au volant, me roule une clope bien méritée, et vois arriver un jeune homme qui m'informe gentiment que mon pneu arrière... droit est à plat. Et. Merde.
 
Je sors et m'attelle à la tâche ingrate de déloger la roue de secours, qui contrairement à la Clio, n'est pas sagement et ô combien pratiquement rangée dans le coffre, mais SOUS le coffre. Alors d'après le mode d'emploi, tu dévisses le bitoniau à fond, tu push sur la poignée, la roue tombe par terre, c'est pas comme si elle était potentiellement propre mais bon, et là tu peux la récupérer et faire la suite de la manoeuvre. Ok. Je dévisse, je dévisse, je dévisse, je push, nada. Je redévisse un bon coup dans le vide, on sait jamais des fois que j'ai raté une étape, je re-push, re-nada. Là ça commence à me gonfler un tout petit peu, j'ai pas trop que ça à foutre, je prends mon élan et je mets un grand coup de pied bien vertical sur la putain de poignée, ah tu veux que je push, je vais pusher, t'inquiète. Clonk, la roue tombe. Eh ben voilà... Par un coup de bol monstrueusement inédit, elle n'est ni crevée, ni à plat.
 
Après vient l'étape du déboulonnage de la roue crevée - petite astuce pour ceux (celles) qui l'ignorent : vaut mieux dévisser quand la voiture est encore au sol, sinon vous pouvez passer la matinée à regarder la roue tourner dans le vide, avis aux garagistes amateurs. Faut savoir tout de même que par principe, et heureusement, les boulons sont serrés à mort, donc ça ne se dévisse pas à la main quand on ne s'appelle pas Hulk, mais au pied, à grands coups de latte rageurs sur le démonte-boulon. J''ai donc particulièrement apprécié d'avoir mis mes bottes, qui si elles sont prévues pour résister à un sabot mal placé, devaient normalement ne pas se laisser intimider par quatre boulons. Bingo, elles ont bien mieux encaissé les chocs, et mes chevilles avec (parce qu'il y a toujours un moment où vous avez le pied qui rippe sur le démonte-boulon, et qui se coince évidemment entre lui et la roue) - beaucoup mieux encaissé, donc, que la paire de ballerines neuves que j'avais lors de ma première crevaison.
 
Après, je me suis excitée pendant un quart d'heure sur ce putain de cric mais c'est pas vrai il en manque un bout pas moyen de voir comment je l'installe, avant de me souvenir qu'il y a, glorialleluia, un manuel dans la boite à gants, qui m'a obligemment fourni le mode d'emploi. Quelques personnes m'ont proposé un coup de main, généralement des messieurs ayant dépassé la force de l'âge, comme quoi la galanterie se perd. Un autre monsieur a fait remarqué à sa femme que c'est pas elle qui saurait changer une roue, ce que la dame a très honnêtement reconnu. Le préposé aux chariots est venu me demander si j'allais rembarquer ma roue crevée - ah non, pourquoi, c'est exactement la touche de grunge qui manque à votre parking... Un autre abruti a tenté de se garer juste à côté de moi - essaye, ducon, et je te repeins la gueule au cambouis, chui pas d'humeur courtoise, là.
 
Encore après, j'ai tenté d'installer la roue crevée à la place de la roue de secours, c'est censément prévu, mais en fait j'ai pas bien compris, faut enclencher le câble en acier dans le bitoniau qui supporte la roue, tirer la fameuse poignée-push pour remonter la roue, et une fois qu'elle est enclenchée sous le coffre, revisser le bitoniau jusqu'au clac final. Sauf que ça s'est jamais réenclenché, et que soutenir vingt kilos de roue d'un bras, à un mètre du coffre (le câble est long...), et revisser dans le coffre de l'autre main, ça marche pas - en plus de pas être Hulk, je suis pas la Femme Elastique. J'avais déjà un quart d'heure de retard, et les mains pleines de cambouis, alors j'ai vérifié que j'avais le compas dans l'oeil : une roue, ça tient peut-être très bien sous un coffre, mais ça tient encore mieux dedans.
 
Bref. Je prends du galon : avant j'avais droit au "plan foireux du lundi" quasiment toutes les semaines, mais depuis trois ans, j'ai juste "le bug de la roue du début d'année". Suis pas sûre d'avoir gagné au change...
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Publié dans petites histoires

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