un pont, deux demi-ponts, ponpon
Personnellement, n'ayant pas d'enfant à faire garder, ni un rythme hebdomadaire particulièrement standard, je n'ai rien, a priori, contre les gens qui font le pont de l'Ascension, qu'ils soient petits commerçants ou hauts fonctionnaires. Juste, j'aimerais bien qu'on m'explique pourquoi ils se sentent obligés de partir en week-end prolongé à l'heure de pointe matinale - enfin, s'il y a une raison autre que la simple jouissance de mettre quarante minutes à faire un kilomètre, rien que pour faire bisquer les pauvres couillons qui, eux, partent bosser comme tous les jeudis. La désillusion d'habiter si près de l'entrée du tunnel d'accès à l'autoroute que je prends tous les matins, et de mettre plus de temps pour le rejoindre que lorsque je traversais la moitié du centre-ville, s'est doublée hier d'un sérieux coup de stress, en constatant que la voiture, pourtant coincée dans une petite ruelle, menaçait de décoller sous les assauts du vent - furieux est un doux euphémisme.
Après une première intervention décalée d'une demi-heure, retard oblige, ce fut le déjeuner en dix minutes, puis un autre tunnel pour la mission de l'aprèm - ô joie, ici, point d'incident impromptu, j'ai mis mes cinq minutes habituelles, et même à deux euros soixante le péage (oui, Marseille a des tunnels urbains payants), ça fait plaisir. J'avais donc cinq arrêts à faire pour les courses de mon patient, et les rues étant agréablement peu fréquentées, j'en ai fait quatre en une heure, avant de me retrouver piétinante dans le détestable Super U du Jarret, où tout le quartier s'était rué en prévision de la fermeture du pont, certaines poussant le vice jusqu'à faire déborder leur chariot (mais que peut bien faire cette dame avec douze bidons d'huile de friture ???). Ajoutez à cette foule la fermeture successive de deux caisses alors qu'on était bien huit à faire la queue à chacune d'entre elles, et l'inévitable poivrot qui se colle, bien sûr se fait rouler dessus quand je manipule le chariot, et borborygme au mieux le néerlandais, au pire le néanderthal (je sais, c'est pas gentil) (pour le néanderthal, je veux dire). Enfin bon, pour une fois, j'ai trouvé absolument tout ce que le patient m'avait listé, comme quoi les ponts ont du bon, puisque les magasins réapprovisionnent leur stock en conséquence (d'habitude le mercredi il manque plein de trucs, le réassort étant, de ce que j'ai compris, le jeudi).
Ensuite, ce fut le fastidieux trajet jusqu'à Mimet, certains pontistes ayant préféré l'heure de pointe vespérale. Une moyenne de trente à l'heure sur l'autoroute (avantage : aucun abruti pour ralentir à l'approche des radars), et une prise de mal en patience au son d'une chouette compil de Juliette (ma copine de Lyon, pas la chanteuse à texte). Chez les frangins, grand questionnement existentiel : Nico va-t-il vouloir sortir vendredi, sachant que son ordi a pété, que le nouveau lui a coûté une blinde, et qu'il doit par conséquent limiter les frais ces temps-ci ? Comme c'est moi qui le balade, nous sommes dans l'expectative.
Au retour, je m'endors doucement au volant, façon de dire que je ne peste que quand ça ralentit à quatre-vingt devant, mais la dure réalité me rattrape, de nouveau à l'entrée du tunnel : à force d'annoncer qu'il est fermé pour réhabilitation du dimanche soir au vendredi matin, paf, ça arrive en vrai, et c'est le moulon, de trois voies on passe à une, il faut contourner tout le Vieux-Port (au lieu de passer dessous), ça bouchonne sévère, j'en ai plein le cul, fini le rock à papa, j'envoie Vicious Delicious et me trémousse en beuglant "I'm becoming insane" en choeur avec Infected Mushroom, ça n'avance pas plus vite mais ça fait bouger la voiture quand même.
Ce matin, ô béatitude, personne sur la route, mais comme je suis devenue méfiante, je pars comme d'hab, et arrive donc à Ensuès avec une demi-heure d'avance - juste de quoi piquer un roupillon de secours devant le portail du patient. Et comme celui de cet aprèm ne prend personne les jours fériés, j'ai le temps de faire plein de trucs, et même, petit plaisir méconnu, de glander sur le canapé pour tenter de faire passer une migraine cervicale tenace. Comme ça ne marche pas, je m'épile l'arrière des jambes histoire d'égaliser (quitte à avoir mal au cou, autant que ça soit pour une bonne cause), et puis je teste enfin la baignoire sabot à sa juste valeur - un pur régal, même si j'ai toujours mal à la nuque en sortant de la marinade. A part ça, pas de gros bricolage, mais de l'électricité : dans la chambre pour re-raccorder les fils du plafonnier qui ont lâché il y a trois semaines (deux câbles entourés de tissu dont la trame tient grâce à la peinture, modèle années cinquante, reliés par un sucre à deux câbles entourés de plastique, modèle années quatre-vingt, le tout à des longueurs variables pour la touche design), dans la cuisine pour installer enfin la suspension orange over-rétro que Lise m'a offert il y a, oumpf, quatre ans au moins, et dans la salle de bains pour mettre une ampoule basse conso, à défaut d'un plafonnier que je n'ai pas encore acheté.
Et ce soir, grande illumination, d'abord avec un doliprane parce que la migraine commence à me courrir sur le haricot, et puis, bon sang mais c'est bien sûr, je peux installer ma clé usb wifi pour peu que je mette d'abord le cd d'installation de l'ancienne livebox, ah ah. Oui parce que le gestionnaire de la clé wifi est sur le cd de la box, mais de telle manière vicieuse et masquée que Maurice ne l'a pas trouvé quand je lui ai demandé de chercher, l'autre jour. D'où ma satisfaction archimédique d'avoir trouvé la feinte, ce qui m'a permis de raccorder la nouvelle box en wifi, et d'être enfin débarrassée des deux mètres de câbles électriques/ethernet/téléphoniques en vadrouille à travers le salon.
Demain, je m'accorderais peut-être le plaisir vibrant de faire des trous dans les murs de la cuisine, puisque finalement, Nico ne sort pas, Fanny n'est pas dispo pour rencontrer Roland (fi de vos impures pensées, malotrus, c'est pour le boulot !), et comme j'ai pu le contaster en voulant rassurer ce dernier sur une baisse éventuelle de mon nombre d'heures mensuelles, même en comptant que son frangin ne sorte qu'un seul vendredi ce mois-ci, je serais au-dessus de cent quatre-vingt-dix, donc on peut dire que ça va...
Petit PS pour Cilou (ça me plait bien comme pseudo, l'autre Cécile (ma cousine d'Angleterre) c'est Cissou, et si vous pouviez signer vos commentaires comme ça, ça m'éviterait de chercher s'il y a des accents ou non dans le texte pour vous différencier !) : pas encore de photos, mea culpa, ni pour les médiévales ni pour l'appart, mais ça va venir, ça va venir :) En attendant, en voilà une de la vue de la fenêtre, prise le même soir orageux que celle de la crémaillère - la lumière est magnifique en fin de journée, même si l'appareil photo ne rend pas justice à la pureté des contrastes.
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