tout ce qu'on peut faire en vacances
Enterrer un patient. Quitté le vendredi midi, décédé dans la nuit, cérémonie le mardi, plein d'heures de libre en perspective, pas drôle.
Rendre son véhicule. Aspirer de chez maman, au rez-de-chaussée mais deux rallonges nécessaires quand même, frotter les glissières des sièges à la brosse à dents, enlever le cendrier et le soufflet du levier de vitesse pour effacer les traces de roulage de clopes au volant, traquer les poils de chien sur la banquette arrière, pas de solution pour les éraflures de la boite à gants et le creux dans la portière (ah, ces poteaux mal placés...). Laver chez Total à cinq heures moins vingt, faire l'état des lieux à cinq heures moins le quart, s'excuser platement auprès de la responsable, qui avait prévenu "N'arrivez pas à cinq heures, je le vivrais mal" - pas ma faute, cérémonie plus longue que prévue, cf ci-dessus, et embouteillages au retour. Se sentir étrangement légère.
Peigner des oliviers en famille. Dix jours de boulot, trois et demi de participation, un peigne qui ressemble à un rateau de plage, une branche dans l'oeil (quatre fois dont deux sous la même paupière), des brindilles dans les cheveux, des rameaux dans les oreilles, je suis un Arcimboldo à moi toute seule, des trous dans les fringues, une glissade sur les troncs veloutés, plus les coups de rateau dans le nez parce que quand on n'est pas douée, hein... Initier Sido et André, parce que plus on est de fous plus on rit. Etre fière quand papa annonce qu'on a fait 745 kgs.
Voir sa grand-mère. Constater que le physique, ça va toujours, que le mental, ça diminue doucement. Apprendre qu'elle ne parle plus beaucoup parce qu'elle se rend bien compte qu'elle est complètement décalée deux fois sur trois, et avoir du mal à ne pas rire quand elle demande, très mondaine, "Et, ça vous a plu ?..." à mon oncle en train de parler de l'extradition de Gbagbo. La serrer fort avant de partir, en pensant que c'est sans doute son dernier Noël.
Fêter son anniversaire. Au début des vacances, puis la veille à minuit en fêtant celui des copines, puis le lendemain midi en famille parce que c'est le jour J, et recevoir encore du monde le soir parce que Lucile et Norbert étaient volontaires pour tester la tourte chataignes-camembert (une tuerie). Admirer ses cadeaux : une jolie robe, une chaude écharpe, un superbe bento, et la brosse à ongles rouge !!! Décider que voir ses potes c'est chouette, mais qu'on s'offre trois jours en ermite histoire de continuer à bien le vivre.
Faire du vélo, ahah !!! Aller le chercher (en bus) à la Valentine, prévenir le vendeur qu'il doit bien tout vérifier parce qu'on rentre avec (quinze bornes, "Vous me faites rêver !"), s'offrir le casque en cuir assorti à la selle (nan parce que la version VTT rose fluo j'assume pas), et pédaler - ma mère : "Ah bon, ça monte le long de St-Pierre ?". A l'arrivée, le monter au troisième, parce que trop risqué de le laisser en bas.
Bricoler léger. Dessiner les plans des futurs caissons sous le bureau, parce qu'aucun magasin ne fait ce que je veux, déplacer les cadres dans la salle de bains pour fixer au mur l'armoire à pharmacie, ranger les sacs sur le porte-manteaux de l'entrée parce que c'est trop le bordel dans la penderie, ranger le placard à bricolage parce que c'est trop le bordel tout court, intervertir les emplacements de la cuisinière et de la machine à laver pour que cette dernière soit un peu plus stable, se faire un lumbago, oublier de s'en rendre compte.
Aller dormir chez mon chéri à vélo. Aussi long qu'à pied, mais descendre Chave les jambes à l'horizontale en beuglant wouhou à neuf heures du soir, c'est le kif. Descendre le vélo de mon troisième étage, le monter au troisième de chez André, recommencer le lendemain, arriver à la maison en se faisant insulter par ses lombaires - oui, d'accord, j'ai un lumbago, le premier toubib qui peut me recevoir j'y vais, cortisone, opium et décontractant musculaire, ça ira mieux demain.
Faire des nuits de dix heures. Se coucher à onze heures, se réveiller un chat dans les bras, replonger la tête dans le chat, même pas capter qu'André est allé au marché et revenu ("Mrf, pourquoi t'es tout froid ??"), savourer.
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