tomber amitieuse, ça se dit ?
Il était une fois, dans la bonne ville d'Allauch - enfin, dans un coin perdu de la campagne de la bonne ville d'Allauch - une jolie princesse, appelée Jessica, qui aimait faire du vélo, de la moto et du cheval, enfin des trucs que normalement on peut pas faire quand on a des roulettes sous le cul, mais comme on ne lui avait jamais appris que c'était impossible, elle le faisait quand même. Un jour, elle décida que quatre roues c'était bien, mais avec un toit et un gps, c'était mieux, et elle décida d'aller passer le permis de conduire. Comme ça ne risquait pas d'être faisable à Marseille, elle partit à Bordeaux. Et comme il lui fallait une auxiliaire, elle fut accompagnée d'une dame très gentille et très sage, et elle passa quinze jours à prendre des leçons de conduite sur un engin de l'hyperespace, et à visiter la ville. Ensuite elle rentra à sa maison pour prendre un peu des vacances. Après, elle repartit pour la fin des leçons de conduite et l'examen lui-même, et là, Mrs Doubtfire n'étant pas disponible, on lui adjoint une allumée du bocal, et ce fut le début de la fin.
Du point de vue de l'allumée du bocal, ce fut très très dur de se rappeler qu'elle était au boulot - en dehors du fait qu'il pleuvait tout le temps, preuve s'il en est que c'était pas trop comme d'habitude. D'abord parce qu'une demoiselle de 35 kgs, pour les transferts, c'est de la rigolade. En plus elle a des cheveux ultra-longs, donc j'ai pu jouer à la coiffeuse tous les soirs, on était deux à être en transe. Et puis, à part son amour immodéré pour Mickael Jackson et les personnages Disney, on a les mêmes goûts, les mêmes habitudes, les mêmes délires, à peu de chose près - en gros, elle est rétro-gaming ascendant Superman, je suis lol-cat ascendant X-Men, rien d'incompatible. On a commencé à rigoler le premier soir, quand j'ai halluciné sur son tube de dentifrice : "Mais, ils sont cons, pourquoi y a un spermatozoïde dessiné dessus ???" - "C'est malin, j'vais plus oser me laver les dents, maintenant..."
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Ca a continué comme ça jusqu'au samedi matin, dix jours plus tard, quand je suis partie de chez elle, et qu'elle a eu ce compliment absolument magnifique : "Je crois que je vais m'ennuyer, maintenant..."
En aventures mémorables, il y a eu le resto à Bordeaux, et la soirée de Noël du centre où on était hébergées, et je suis obligée de vous en parler. Bon, son bolide à côté duquel, on le saura, K2000 est une trottinette, c'était pas mal aussi, mais commençons par le resto. Ah non, commençons par Dick in a box, qu'elle ne connaissait pas, alors que pourtant, c'est passé dans la culture générale du marketing, la preuve rue Sainte-Catherine (un mélange entre la foule de la rue St-Fé et la classe de la rue Paradis) :
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Bref, pour le resto, on décide que les repas de la cantine, c'est sympa, mais que passer deux semaines à Bordeaux sans aller manger des huîtres au moins une fois, c'est pas possible. Après quelques recherches sur le net ("manger des huîtres à Bordeaux"), on réserve à la Boite à Huîtres, en plein centre, bonnes critiques, rien d'autre à bouffer que des huîtres, ça tombe bien.
On arrive à midi pile, on s'installe, on consulte la carte, et comme on n'y connaît pas grand'chose, on commande un "plateau dégustation", avec 2 bellons, 6 prat-ar-cour (des bretonnes, avec un nom pareil), 6 spéciales de claire et 6 fines de claire - ah oui, ça je connais, c'est celles qui sont bleu-vert. Tout est très bon, ça fait bien plaisir, les bellons ont un goût un peu âpre, comme du vin avec beaucoup de tanins, les bretonnes sont très charnues et très iodées, les spéciales, très charnues et peu iodées, les fines, peu charnues et très iodées, bref, un joli panel (ici un peu entamé, j'avoue).
Le serveur revient et nous demande si on veut un dessert. Bah non, on est venues bouffer des huîtres, remettez-nous donc 9 bretonnes et 4 bellons, on a bien aimé les premières et on a été un peu frustrées des seconds. Re-régalade, re-plateau vide, et re-tentative du serveur : un petit dessert ? Ah non, toujours pas, tu nous a prises pour des anorexiques ou bien ? Six spéciales de claire, et qu'ça saute, y a p'tête du monde mais on était les preum's. Après ça, ça commençait à aller mieux, et sur une idée de Jess, on a décidé de pousser le bouchon. Le serveur finit par revenir, proposant cette fois-ci un café, et là, évidemment, je le regarde et lui sors "Ah non, en fait on va plutôt vous reprendre un plateau-dégustation". Club des sales garces power !!! Rien que pour sa tronche, ça valait trop le coup. Il nous a fait des yeux de gobi et dit faiblement "Vous êtes sérieuses ??" - faut dire aussi qu'il était deux heures et demi, qu'il avait fermé l'entrée une demi-heure avant, et que toutes les tables étaient pleines, donc le pauvre, il devait commencer à saturer. En vrai, on a juste pris deux cabecous chauds sur toast, et pour lui faire plaisir, une crème brûlée :)
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Bon, et on s'est excusées de l'avoir fait marcher, mais il m'a quand même fait payer le café, mauvais perdant ! Après, on a fait une petite balade digestive dans Bordeaux, y avait des types en combi moulante intégrale orange (oui oui, même la tête était emballée), lunettes de soleil, veste noire et parapluie (un genre de pseudo-flashmob pour Orange), l'un d'eux a envoyé un baiser à Jess et elle a eu cette brève du fond du coeur : "Je viens de me prendre une bise de la part de Casimir...". J'ai pris deux photos vite fait : un portail magnifique et la tour Pey-Berland, qui est en fait le clocher de la cathédrale Saint-André (j'y reviendrais dans le prochain billet), mais que les bâtisseurs ont mis un peu plus loin histoire que les vibrations des cloches n'ébranlent pas l'édifice (bon sang mais c'est bien sûr, que n'y avons-nous pensé avant...).
La cathédrale est à l'arrière-plan, et vous pouvez constater que le temps est, comment dire, moche. Et comme en fait on n'était pas à Bordeaux, mais dans la banlieue nord, c'est là que j'ai mitraillé. D'abord, la curiosité patronymique du bled, comme quoi les Belges n'ont rien inventé, et ensuite, le concessionnaire qui affiche fièrement la vérité, brute et sans emballage.
Ah, c'est sûr que c'est pas les "occasions du lion", comme chez la concurrence française, hein... Encore ensuite, deux autres curiosités, architecturales celles-ci, la première au Bouscat, un bled entre Bruges et Bordeaux dont on a fait le marché de Noël : hygiène du corps, hygiène du cerveau, on est dans la continuité, ma foi. Et puis cette maison, prise au troisième passage en bus, parce que je ne POUVAIS PAS ne pas l'immortaliser !! Enfin, à Bruges même, le parvis de l'hôtel de ville offre un exemple original d'union entre mobilier Decaux et invasion végétale.
On a aussi fait la route des vins, un jour où son moniteur m'a embarqué pour la leçon de l'aprèm, il connait tous les chateaux du coin, c'était chouette, beaux bâtiments, des vignes à perte de vue, mais moi j'ai préféré explorer les options de mon appareil photo et prendre le ciel en mode crépuscule...
Il y a eu aussi l'épisode "crevaison", ça c'était fun... Le samedi, on capte que le fauteuil de Jess fait un bruit encore plus abominable que d'habitude sur le lino de la chambre, bon, c'est peut-être du au fait que la femme de ménage n'est pas passée ce matin, va savoir. Le samedi soir, force est de constater que non, la roue arrière est juste dégonflée. Le dimanche matin, on part à l'aventure dans les couloirs du centre, après tout il y a des malades même le dimanche, donc on va bien trouver du personnel pour nous dépanner. Mais oui, c'est un charmant infirmier qui aurait trop plu à Sido, baraqué, rasé, un élargisseur format écrou de 12 à chaque oreille, qui s'empresse de nous ouvrir la porte de la station de gonflage et de remettre à Jess un petit coup de pompe dans le train.
Las, le lundi matin, c'est de nouveau à plat, et bien comme il faut. Qu'à cela ne tienne, nous partons acheter une bombe anti-crevaison au Leclerc le plus proche, Jess a déjà testé, ça marche. Coup de bol, ils en ont. A la lecture du mode d'emploi, je m'interroge : faut-il que le pneu soit complètement à plat avant de balancer la mousse, ou pas ? Faut dire que l'ergo-thérapeute nous a dépannées d'une pompe à vélo, et qu'on s'en est évidemment servies. Je rentre dans le magasin, histoire de demander à l'accueil si quelqu'un s'y connait - Jess a un doute, elle aussi. Je la laisse entre les sapins à vendre, à l'entrée du supermarché, poireaute un quart d'heure, finis par tomber sur le gars du rayon qui s'y connait autant que moi, et décide de faire confiance à mon intuition, à savoir que si le pneu est plein d'air, et que celui-ci ne peut pas sortir plus vite que ce que la mousse rentre, il va exploser, et là on sera vraiment dans la merde. Je ressors, Jess est en train de prendre racine, pas un mec sur le parking pour lui demander son avis, tant pis je fonce, j'identifie le bout de verre responsable de l'avarie, je raccorde l'aérosol, j'appuie, ça gonfle, je m'arrête à mi-bombe - c'est prévu pour un pneu de bagnole, n'oublions pas - et là, l'abruti de vigile qui garde les sapins (des fois qu'un client malhonnête tente de partir en courant avec un nordman de deux mètres sous le bras) s'approche et nous fait "Ah ouais mais ça c'est prévu pour faire 50 kms maxi, ou pour tenir une journée, hein, pas plus...". Bon, et alors dans ce cas-là, si c'est pour ouvrir ta gueule après la bataille, tu peux tout aussi bien la garder fermer, mon ami. Sur ce, Jess démarre sur les chapeaux de roue, parce qu'il faut rouler un quart d'heure à 50 kms/h pour que la mousse se répartisse bien dans tout le pneu. Disons que trois tours de parking à 10 kms/h, ça va tout aussi bien faire l'affaire, hein... Bon, en vrai, ça a tenu, comme quoi le vigile s'y connait peut-être en kung-fu, mais pas en pneumatique.
Aho, et j'allais oublier la vraie deuxième anecdote... Un soir au réfectoire, le responsable des animations du centre vient nous voir pour nous annoncer qu'il y a une petite soirée le jeudi 20, pour marquer le coup avant les fêtes - le centre accueille une aile de rééducation psycho-sociale, une autre de rééducation physique avec balnéothérapie, ergothérapie, etc, plus des gens en formation, plus les voitures adaptées de l'auto-école, donc des candidats, bref, c'est plein de monde. Le gars croit qu'on se moque quand il nous parle du karaoké, mais on le détrompe : c'est kitsch, c'est ringard, mais on aime ça toutes les deux, on sera de la partie, sans faute. Le lendemain soir, petit papier sur les tables pour rappeler la soirée, avec en plus une injonction péremptoire : "Venez déguisés !". Et là, c'est le drame, on a deux jours pour se trouver des tenues. Jess a du vécu côté déguisement, entre Mystic la truffe peinte en bleu et les cheveux en rouge qui déteignent sur l'appuie-tête, et Ma Dalton avec les cousins assortis, va falloir assurer... sauf qu'on n'a vraiment pas prévu de quoi dans les bagages. De retour dans la chambre, je propose Lady Gaga : elle a un pull avec des clous sur les épaules, si je lui prête mon soutif à étoiles et ma ceinture de maintien lombaire pour mettre par-dessus, mon shorty rouge et mes résilles pour mettre dessous, ça peut le faire ?
Non, même sans la ceinture, en fait, ça peut pas :) Soudain, deuxième coup d'inspi : et si tu mettais le serre-tête oreilles de lapin que j'ai trouvé dans la rue à Bordeaux ? Avec ton petit pull rose qui perd ses poils et ton écharpe blanche en tissu 100% spécial je me touche tellement c'est doux ? Et avec des fausses dents en sparadrap ?! Bingo, ça fait Jessica Rabbit, ah ah... Pour moi, ce fut plus sobrement un pillage en règle des décos de notre étage (avec beaucoup d'adrénaline à l'idée de me faire chopper, comme quoi y a pas besoin de parachute pour avoir des sensations fortes), et quatre branches qui trainaient par terre, histoire de faire le sapin plutôt que la mère Noël, pour changer...
(oui, bon, ça change pas trop, en fait...)
Une fois arrivées au réfectoire pour le repas de midi du jeudi en question, on a aperçu une nana déambuler déjà déguisée, pleine de guirlandes partout, et je l'avais mauvaise de m'être fait piquer l'idée, mais j'en avais pas de rechange, et puis notre performance sur I will survive au karaoké a largement contribué à ce qu'on nous remarque, donc au final, on s'est bien marrées, même si comme l'a dit Jess, "J'aurais passé la dernière soirée avant la fin du monde déguisée en lapin..."
Bref, pour finir, parce que ça doit commencer à vous piquer un peu les yeux, j'ai eu droit à un super cadeau de Noël de la part de mon employeur, j'ai rencontré une fille tellement extra que si j'étais pas si farouchement attachée à mon appart on serait déjà en colocation, et j'aime autant vous prévenir que vous allez très certainement la voir un de ces quatre, parce qu'entre la Japan Expo, le Savim, le troc de fringues et la sortie de Man of Steel dans le courant de l'année, on a quelques rendez-vous en perspective !








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