Lyon, again

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Adonc, nous voilà finalement partis Roland et moi, lundi aprèm, après avoir chargé le camion de tout le matos nécessaire : outre ma chtite mais flamboyante valise, il y a sa chaise de douche, ses coussins de dodo, ses fringues, son respi, son matos de toilette, et l'indispensable, le fondamental, l'inoubliable : l'i-pad, parce que l'accès wifi est garanti sur place et que faut pas déconner, les vacances c'est bien, rester connecté, c'est mieux. On trace la route, pause au mcdo de l'aire de Portes-lès-Valence parce que j'en peux plus (pas eu le temps de manger à midi, entre le rendu de la bagnole et le r-v avec leur auxiliaire du lundi qui m'emmène chez eux). J'ai jamais été servie aussi lentement dans un fast-food, alors qu'on était trois pékins (en même temps, une aire d'autoroute un lundi aprèm hors vacances scolaires, c'est pas le it-lieu). Mais le mcbaguette est pas mal, un genre de version longue du m, et puis j'avais pas trop le choix, c'était ça ou la cafèt.
 
On arrive à la chambre d'hôtes, encore plus sympa en vrai que sur les photos du site, je déballe le matos, notre hôtesse Sylviane nous explique un peu comment ça marche et nous demande à quelle heure elle vient préparer le petit-dèj demain. Aucune idée, c'est la première fois que je vais faire toutes les manips seule, d'habitude y a deux frangins et le ménage à gérer, mais une aide-soignante en plus, mettons dix heures, et on se lèvera tôt. De fait, à sept heures on est réveillés tous les deux, bon ben andiamo, alors. Ma plus grande trouille c'est le rasage, j'ai toujours utilisé un rasoir électrique, faudrait pas que je me loupe, mais comme Roro est le pro du gonflage de joues, ça passe tranquille. Le petit-déj est, et sera toute la semaine, un pur moment de plaisir. D'abord, on sort de la piaule où je finis d'habiller Roland, et ça sent le café frais. Ensuite, la table est dressée : set de table, petite tasse, petite sous-tasse, petit pichet de lait, petite compote, petite cuillère, petit couteau, grand couteau, pain frais excellent, petite assiette de gâteaux faits maison et tous les jours différents (mention spéciale aux galettes de céréales-noisettes-lin, et au coeur fondant au chocolat du dernier jour, une tuerie), confitures maison aussi (trop dommage qu'elle ne les vende pas !) : questche, mûre, coing, melon, tomate verte, et puis quand on s'assied, le jus d'orange fraichement pressé. La classe. Manquait juste un peu de fromage, rattrapé le lendemain après quelques courses, et puis pour le côté obscène, du saumon fumé, parce que vu l'heure à laquelle on prenait ce festin, on se contentait d'un diner ensuite, et basta. Ca a bien un peu chamboulé le rythme de Roland, qui d'habitude ne mange qu'à midi, mais à part quelques flatulences intempestives (pour lesquelles on ne le virera pas, promis) [private joke et le visé se reconnaitra :)], il a bien encaissé. Une fois chargés de toutes ces calories made in terroir, ma foi, en route pour l'aventure.
 
Le premier jour, Confluence, le nouveau quartier en train d'émerger au confluent, ah ah, de la Saône et du Rhône, sur les conseils de Sylviane, qui nous en vante l'architecture. Juliette me dira plus tard que ça fait un peu 1984 d'Orwell, ce coin sorti de terre en si peu de temps, mais je ne suis pas déçue. Les bâtiments sont assez époustouflants, à commencer par le centre commercial, tout beau tout propre, forcément il a ouvert début avril, et conçu comme un genre de navire futuriste, avec façades et terrasses en bois, verrières en résille de métal, gros lampions blancs pour l'éclairage et bonsaïs en pots géants pour une déco toute en contrastes de bleu, de gris et de bruns. Superbe. Sincèrement superbe. Que des boutiques top fashion, évidemment, Roland s'offre un tour dans l'Apple Store (le cliché du vendeur religieusement exalté qui "n'est pas là pour vendre mais pour conseiller" et jouit tous les matins en enfilant son polo à la pomme à l'idée de rejoindre la grande famille de ses copains geeks est totalement vrai), et un café au Starbucks, parce que sa réalisatrice chérie (dont il est secrètement amoureux depuis qu'elle est née) ne jure que par leurs produits - assez nourrissants pour ne pas nuire à l'obésité américaine, c'est vrai aussi. Ensuite, comme on est mardi et que mardi, non, c'est pas raviolis, c'est une place de ciné gratuite pour une place achetée (enfin pour ceux qui s'obstinent à payer leur forfait de portable trop cher au nom de la fidélité à l'opérateur historique), on se fait un petit Promethéus, je savais pas que les UGC donnaient dans le mainstream en VO, mais ça claque pas mal. Puis trois courses au Carrefour Market (grand comme un carrouf de base, en fait, sauf qu'ils ont compris qu'en mettant des portes vitrées aux rayons frais ils gardaient le froid dedans et ô miracle, économisaient de l'énergie - mais oui, tout pareil que pour les surgelés, c'est magique).
 
Mercredi, en route pour St Georges et St Jean, le vieux Lyon, et là c'est le drame, no way pour la balade en mode touriste, imaginez-vous deux secondes en fauteuil sur les pavés et vous comprendrez tout de suite. Avant que Roland fasse péter l'émail de l'intégralité de sa dentition, on entre au Musée de la Miniature et du Cinéma, et là, on plonge dans un genre de warp spatio-temporel, dont on ne ressort que trois heures plus tard. D'abord parce qu'il y a quatre étages, certes, mais aussi parce que se retrouver devant les costumes et les accessoires qui ont hébergé Schwarzie, Cruise, Hadji-Lazzaro et autres c'est bluffant - on a beau voir les fils qui sortent de la tête d'Alien, il est achtement impressionnant, bien plus que dans le film où je l'avais trouvé tout chemo, voire franchement ridicule, et les panneaux explicatifs sur les innombrables façons de créer des effets spéciaux font prendre conscience du boulot énorme qu'il y a derrière, et loin de casser le mythe, ça renforce le respect. Et puis, trois heures aussi parce que la partie "miniatures" est tout aussi époustouflante. Le travail d'Engelhard Schmitt, malgré son nom à coucher dehors quand on n'est pas familiarisé avec la prononciation des germanophones, est proprement stupéfiant, et c'est dommage que ni mon appareil photo, pas assez puissant, ni son site internet, pas assez exhaustif, ne lui rendent hommage à sa juste mesure. Gérard Ty Sovann est un origamiste hors pair, et bien sûr, le fondateur du musée, Dan Ohlmann, crée des scènes d'une précision, d'un détail et d'une qualité qui justifient très largement le prix d'entrée. Si vous passez à Lyon, passez-y, pas tant parce que ce musée est unique au monde (un musée des crottes de nez célèbres le serait aussi, mais pas sûr que je vous inciterais à y jeter un oeil), mais parce que le travail des artistes et des techniciens rassemblé ici est vraiment, en très grande majorité, extraordinaire.
 
Jeudi, ce fut la journée de la loose, en gros. Partis pour visiter le Parc de la Tête d'Or, on s'en fait sortir au bout d'un quart d'heure, fermeture administrative pour cause de vent violent, sauf qu'on doit se taper tout le tour du parc par l'extérieur, le gardien ne voulant pas qu'on sorte par là où on est entrés (côté Cité Internationale), et la route la plus rapide n'étant pas vraiment praticable (une exception à Lyon, où quatre-vingt-dix pour cent des trottoirs ont des bateaux dignes de ce nom - pas les marches pseudo-surbaissées à la marseillaise, autrement dit). On reprend le camion pour aller balader aux Terreaux, hélas, après une bière et une barquette de mozza frite, c'est la flotte, et une averse un peu sauvage quand on est en fauteuil électrique et que votre abrutie d'auxiliaire a le matin même sorti le poncho de pluie de votre sac en pensant qu'il ferait beau, c'est légèrement stressant. Retour au camion, retour au gîte, dodo.
 
Vendredi, après une mission cartes postales, c'est l'Aquarium. Encore un truc à voir, on a bloqué quatre bonnes heures devant les bassins. Admiré les requins et plus encore les gars de la maintenance qui nettoyaient les vitres de leur fosse de l'intérieur, tombé nez-à-ventouse avec la pieuvre, cherché l'hippocampe, caressé un turbot, eu droit au show de Mandarine, le silure orange pâle (pas albinos, juste malade, mais un bon mètre trente quand même), contemplé les poissons exotiques des mers du sud et la carpe-fantôme des rivières du coin, filmé la raie en vol et compté les dents des piranhas, bref, deuxième et dernière après-midi de beau temps, passée comme la première dans un musée :) Et le soir, diner au "En mets fais ce qu'il te plait" avec Juliette - faut savoir qu'un de ses oncles est un critique gastronomique à peu près mondialement reconnu, puisqu'il a contribué à inspirer le personnage idoine dans Ratatouille (mais plus pour le côté "Ah, je retrouve le goût de la cuisine de ma manman" que pour le côté maigre et pas aimable), et donc ce monsieur est fan de culture japonaise et a apprécié ce petit resto, dans lequel, outre un joyeux bordel à l'entrée pour cause de travaux en cours, un chef japonais au look de "punk d'Ottawa", dixit Roland, mitonne de la cuisine gastronomique en portions de cantine, en mixant ses inspirations : asperges violettes braisées à la ventrèche (un régal), entrecôte Black Angus (trente centimètres de long, se méfier des écossaises...) sur lit de cèpes entiers avec ses petites rates du Touquet au gros sel, magret aux cerises pour Juliette et filet de maqueraux aux framboises pour Roland (qui a fini son entrecôte le lendemain au petit-dèj, vu que j'ai osé demandé un doggy-bag et que la femme du cuistot, pas bégueule, nous l'a obligeamment fourni). Inutile de préciser qu'on est rentrés à genoux et que je me suis écroulée comme une bouse après avoir mis Roland au lit à la première heure du jour nouveau.
 
Samedi, nouvelle tentative à la Tête d'Or, cette fois-ci on se gare dans le parc et on file voir le zoo, le jardin botanique et la roseraie. Les espaces pour les animaux sont bien aménagés, plein d'arbres pour les cages des singes et des oiseaux, et plein de place dans la plaine africaine, où on admire pélicans, flamands roses et canetons sous les hurlements frénétiques des lémuriens qui s'éclatent dans les arbres. Un passage devant le petit panda, c'est son nom, tout roux, les oreilles blanches, cro meugnon ; devant la cage de Lulu, la mascotte, qui campe sur place depuis 1961, pas mal pour un gibbon ; devant les crocodiles, aux visiteurs desquels il est rappelé l'inutilité de leur balancer des saloperies pour qu'ils bougent, c'est pas trop dans leur nature ; devant l'enclos de l'ours, qui fait le beau face à un type avec un énorme téléobjectif, et que j'immortalise au moment où il amorce son retour à la quadripédie (vous verrez, ça fait très "Je chie dans les bois") ; devant les éléphants, de loin, et les girafes, d'un peu plus près. Puis le jardin botanique, où Roland s'étonne de ne pas payer (ben non, y a qu'à Marseille que ça se passe comme ça), et où je m'offre une virée admirative dans la serre des plantes carnivores (j'en parle pas aux miennes, elles se vexeraient, et elles auraient de quoi !), puis la roseraie vite traversée car les Halles de Lyon Paul Bocuse, rien que ça, nous attendent - enfin surtout Roland, qui pille le stand de Sibilia, juste la meilleure charcutière de Lyon (je dois avouer que j'ai craqué aussi, pas tant sur le charmant vendeur tout juste pubère que sur les quenelles et le saucisson brioché qui était, en effet, excellent).
 
Dimanche, baroud d'honneur à St Georges, Roland trouve un bouchon bien noté, j'appelle pour réserver et me faire préciser que c'est accessible en fauteuil, on part, manque de bol, y a un marché de l'art sur le quai et on tourne une heure, oui madame, pour trouver une place - y a plein de places handi à Lyon, mais y a souvent plein d'handis garés dessus, c'est frustrant. La pluie nous tombe dessus quand on sort du camion, cette fois j'ai le poncho et je comprends que Roland apprécie moyen cette espèce de bâche à capuche, combinée aux pavés c'est relou. Arrivés en bas de la rue où se trouve le bouchon, je pars en éclaireur histoire que lui ne se tape pas vingt mètres de tape-cul pour rien, et là, c'est la blague : non monsieur, quand il y a deux marches à l'entrée d'un resto dans une rue en pente, et qu'on n'a pas de rampe à poser dessus, on ne prétend pas que c'est accessible... "Mais ça fait vingt ans que je suis là et j'ai des clients en fauteuil et ça pose pas de problème", sûr, si c'est un fauteuil manuel je veux bien te croire, mais un fauteuil électrique de 120 kgs qu'on ne peut pas soulever, plus un patient de 80 kgs dessus, ça fait que non, juste non, merci et au revoir. Le resto japonais nous avait fait le même coup, mais la marche était unique, moins haute, et on avait la rampe portative dans le camion garé en face, c'était jouable. Là, non. On se rabat sur le premier resto de la place où on est, moitié bouchon moitié touriste, mais au moins on est bien accueillis, et je goûte enfin à la cervelle de canuts. Un petit tour aux Péchés Gourmands, dont j'avais parlé à Roland, que j'aurais été bien incapable de retrouver, mais qui était à cinq mètres du resto, et retour tranquille pour préparer les bagages.
 
Bilan : moins fatigant que prévu, deux sorties culturelles que j'aurais sans doute pas fait de moi-même, un diner avec ma plus vieille copine, et un seul regret : j'ai pas réussi une seule fois à me perdre en conduisant dans Lyon - mais comme dit Juliette, quand t'as conduit à Marseille, tu peux conduire n'importe où...
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Publié dans balades_Lyon

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S
Petit rectificatif, le chef japonais avait un look de "punk d'Okinawa", j'ai du dire ça la bouche pleine ou alors c'était tard et j'avais le cerveau à moitié en veille... où t'as du comprendre Ottawa et j'ai pas relevé.<br /> J'avais repéré la coquille mais j'avais zappé, ça fait plaisir en tout cas de relire tout ça :)
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