du turn-over des auxiliaires
Bon... J'ai honte de l'avouer, mais j'ai du demander à un ami de venir me réconforter hier soir, et c'est tombé sur Raph - en tout bien tout honneur, et parce que c'est un de ceux qui m'a déjà vue dans cet état, donc c'est moins grave pour mon orgueil. Concrètement, en fait, il m'a vue en larmes comme ça quand il m'a larguée, vu que ça m'était pas ré-arrivé depuis.
Je sais même pas par où commencer tellement ça m'a fait mal, tellement c'était con, tellement j'hallucine qu'il y ait des gens machiavéliques à ce point, pour rien, parce que leur vie pue et qu'ils sont aigris avant même d'avoir trente ans.
Hier soir, donc, je termine ma journée à Allauch, après un mois chargé en embrouilles avec le bureau, une semaine chargée en heures, et un week-end chargé en embrouilles avec les patients (je vous en parle après, promis). Un peu fatiguée, un peu affamée, mais ça va, je suis presque en week-end, c'est l'infirmier que j'aime bien qui vient faire les soins, et ma patiente a passé une bonne après-midi (pas de gratouille, pas de salivation, pas d'encombrement dans les bronches, pas de nez qui coule, pas trop de difficultés à parler, bien, quoi). L'infirmier arrive, donc, se réjouit que ma patiente ait tenu toute l'aprèm sur son fauteuil, on la remet au lit, on fait les soins du soir, et je l'installe sur le bassin pour son petit pipi vespéral. Je reviens au salon chercher les cale-pieds du fauteuil pour aller les ranger à côté, mon patient fume une clope avec le copain de sa fille (celle que je peux pas blairer et c'est réciproque), et je dis "Ah, c'est le mien, ce briquet ?", à quoi il répond "Oui oui, il trainait là", et je conclue en disant "Pas de problème, faudra juste que je pense à le prendre en partant", ou un truc du genre. Je sais, pour le palpitant on repassera, mais voilà en gros les prémices du drame. Je finis de ranger ce qui traine au salon, je remets mon patient au lit à son tour (en vrai on intervient surtout pour madame, mais on s'occupe aussi de monsieur, qui trouve ça bien pratique), je papote un peu avec eux à propos du programme télé (Forrest Gump, pas trop merdique, pour une fois), je demande à ma patiente si elle a fini avec le bassin et elle me dit "Va fumer ta clope tranquille, je reste encore un peu". Bien.
Je retourne donc au salon, les deux affreux ont fini de diner, et plus de briquet rouge sur la table. Tiens. L'aurais-je mis dans mon sac en mode somnambule ? Se cacherait-il sous la boite de kleenex, le torchon, les papiers ? Nada. Comme j'évite d'adresser la parole au petit couple, à part bonjour en arrivant, je m'abstiens de demander au gars si par hasard il sait où est passé mon briquet, des fois qu'en plus il le prendrait comme une accusation de vol, et comme il y en a un jaune qui traine sur la table devant lui, je le prends et j'allume ma clope. Et là, l'hallu totale, il me dit d'un ton super agressif "Vous pouvez pas demander, avant ?". Sur le coup, j'ai cru qu'il rigolait, vu qu'il venait d'utiliser le mien pendant une demi-heure sans trop se poser de questions, mais en fait non, il ne rigolait pas du tout, et il a enchainé avec un sacré ramassis de conneries : je lui manque de respect, je lui tourne autour, je parle toute seule (ah nan, ça c'est pas une connerie, autant pour moi), on n'est plus chez soi, je fais ce que je veux quand il est pas là mais je le respecte quand il y est, tu fais ton travail et tu te tais, et pour finir, il va m'apprendre le respect et y en a marre des chtarbées. Je suis restée tellement saisie que j'ai pas trop su quoi répliquer, genre sur le coup du briquet, le fait qu'il répond une fois sur douze à mes bonjours et le fait que laver, étendre, ramasser et plier son linge ça fait pas partie de mon taf mais je le fais quand même. Je lui ai juste demandé s'il n'avait pas vu mon briquet (les idées fixes, j'vous jure, des fois...), et aussi en quoi je lui manquais de respect, et en quoi je lui tournais autour, et il m'a répondu "C'est comme ça, y a rien à ajouter, le débat est clos". Ah bon, parce que t'as l'impression qu'on a débattu, là ?? Putain, te lance pas en politique, mec...
Après ma clope, je suis retournée voir ma patiente, pour enlever le bassin, et son mari me demande ce qu'a son beau-fils (bah oui, de la chambre, on entend au salon, quand les gens gueulent). Je finis la toilette de ma patiente, et je me tourne vers le mari en disant "Pour répondre à votre question" et j'enchaine avec le coup du respect et de on n'est plus chez soi, en précisant que oui, c'est normal, il y a des intervenantes 24h sur 24 (j'ai zappé les insultes, pas la peine d'en rajouter non plus). Comme le babyphone était allumé, je pense que j'ai été entendue du salon, donc de la fille et du beau-fils - j'ai amorcé un geste pour l'éteindre, mais bon, qu'ils assument, après tout. Après, je vais aux toilettes, et j'entends le beau-fils qui vient dire au revoir, mon patient qui lui demande ce qu'il y a eu, et lui qui dit "Nan rien, c'est bon". Curieuse façon de considérer les choses, et manière pratique de me faire passer pour une paranoïaque...
Raph estime que ça n'est pas normal que je me sois écrasée comme ça, et me conseille d'en parler avec les délégués du personnel, voire carrément de porter plainte (pour un briquet, pas sûr que le tribunal valide...). Le truc, c'est que j'étais dans un cadre professionnel, que je ne peux pas demander à mes patients de prendre partie, que le gars est plus chez lui que moi, et aussi et surtout, que mon attitude générale consiste à fuir les conflits ouverts quand la communication ne passe manifestement pas. D'abord parce que j'ai qu'une vie, et que je vais pas la gaspiller à m'engueuler avec des gens obtus, et ensuite, parce que c'est une technique qui a très bien marché avec ma mère (quand je suis remontée à Paris) et avec mon frère (quand je suis partie en pension), donc je sais pas bien en utiliser d'autres. Si les gens ne m'apprécient pas, ou ne m'apprécient plus, et que la discussion n'est pas possible, je ne vois pas bien ce que je peux faire de plus que partir, en fait. Et que je passe pour la méchante, la faible ou la conne, je m'en carre, puisque je ne revois plus les gens.
Je ne peux pas m'empêcher de penser qu'ils ont du manigancer ça tous les deux, la fille se doutant bien que je ne répliquerais pas (je le fais rarement, en général je prends sur moi, vu que je suis pas là pour être sa copine mais pour m'occuper de sa mère). Je pense qu'ils en ont ras-le-bol de leur situation, parce que revenir chez papa-maman (ou pseudo-beau-papa et pseudo-belle-maman) à presque 25 ans c'est un peu la loose, y glander tous les week-ends, c'est réellement la loose, et voir des étrangers à longueur de temps, c'est relou. Mais comme ils n'ont pas le choix (pour les étrangers, hein, parce que c'est pas très compliqué de sortir faire des trucs si on n'est pas bien à la maison), et que je suis la plus "différente" du lot des auxiliaires, et qu'il fallait que ça pète à un moment, ben c'est moi qui ai tout pris en pleine gueule.
Je l'ai maudit de m'avoir fait pleurer (deux heures et demi hier soir et une demi-heure au réveil, performance, tout de même), de m'avoir poussée à boire - soyons francs, j'aurais jamais pu dormir si j'avais pas tombé le rhum arrangé offert par le copain de ma mère, et de m'avoir fait écrire au boulot pour dire que je n'y retournais plus le dimanche, ce qui risque de faire un sacré trou dans ma paye. Et puis après coup, je me suis dit que non, j'y retournerais, dimanche, parce que c'est pas un connard de merdeux qui va faire sa loi. Et si ça lui pose un problème, de me revoir, pas de souci, j'ai une semaine pour fourbir mes arguments. Le coup de lui tourner autour, c'est pas compliqué : soit il entend par là que je le drague, et faut qu'il consulte d'urgence pour nymphomanie exacerbée, soit il veut dire que je passe mon temps à éviter de lui rentrer dedans quand on se croise dans le couloir ou à l'entrée d'une pièce, et là, faut qu'il déménage d'urgence, parce que j'ai pas le super-pouvoir d'intangibilité. Et pour le coup du respect, j'avoue, pour moi, ne pas répondre à un bonjour n'est pas un manque de respect, c'est un manque de politesse et d'éducation - d'où le fait que je continue à leur dire bonjour, à lui et à sa meuf, même s'ils ne répondent pas, parce que c'est ma façon de montrer que leur attitude ne me touche pas vraiment : qu'ils répondent ou non, je reste polie, c'est pas leur comportement infantile qui va me faire changer de principes. Quant au linge, ils peuvent se brosser, aussi bien lui que elle - terminé, l'étendage des strings et des tee-shirts fashion.
Donc voilà, encore une galère de plus. Et puis samedi après-midi, on va boire un verre en terrasse à Auchan, avec mon patient, vous savez, celui qui m'a branchée, à qui j'ai dit non et pourquoi, puis qui m'a ressorti des propos salaces une fois par mois, donc à qui j'ai dit que j'avais été claire et que c'était pas la peine de me la refaire toutes les semaines, celui qui s'est offert une branlette en douce au prétexte qu'il avait la teub coincée et qu'il fallait que je la tire, encore un peu, oui, voilà (désolée d'être naïve mais des fois, ils sont assis dessus et c'est pas très agréable, donc j'y ai cru), celui qui me parle régulièrement de cul et de ses expériences et de comment qu'il regrette trop de pas baiser plus souvent qu'une fois par mois avec une professionnelle (oui je sais, la vie est dure, et la tienne encore plus que la mienne, mais les services sexuels sont pas encore bien développés dans ma boite, et je t'ai déjà expliqué que je fais pas de free-lance). Et donc on boit un verre, et il m'en propose un deuxième, donc je dis non merci (dans le cadre des accompagnements, c'est au patient de payer les sorties, et à l'accompagnatrice de pas en abuser), et il me dit "Tu peux me rembourser", pause. Ici, une parenthèse technique s'impose : les personnes trachéotomisées se fatiguent moins quand elles parlent sur l'expiration, logique, du coup leur phrasé est un peu haché, et des fois on se fait avoir, la phrase n'est pas finie mais on croit que oui et on répond, donc là, je lui dis "Oui, c'est vrai, je peux aussi te rembourser la semaine prochaine", et là en fait il termine sa phrase : "En branlette ou en pipe, si tu veux". C'est comment le bruit du canard, déjà ? Ah oui, c'est ça. Ben, non, c'est pas trop mon truc, j'en ai trop fait (tu parles d'une réplique culte...), et puis sérieusement, tu crois vraiment que je vais te taper une sègue en plein centre commercial un samedi après-midi ? Un de plus à recadrer à la première occase, parce que si je dis à Arcade "Ben je vais plus à Fuveau le lundi, pis je vais plus à Allauch le dimanche, pis je vais plus à La Valentine le samedi", ils vont finir par me dire "Ben vous allez au Pôle Emploi, alors". D'où, on y vient, le titre de ce billet : le turn-over chez les mamies, ils connaissent, rapport à la grande dépendance qui se créé entre la dame et son aide ménagère, mais ils ont peut-être pas encore capté que pour le handicap, des fois, c'est pareil. J'ai pas changé ma façon de travailler, mais apparemment, au bout d'un an et demi, ça commence à coincer. Plus à cause de l'entourage familial que des patients eux-mêmes, d'ailleurs (à part le cas particulier évoqué ci-dessus). Mais le résultat est le même : dur de bosser correctement dans un environnement tendu, dur de garder des bonnes relations avec les patients quand autour on se prend des sales réflexions, dur de constater qu'on croit bien faire en prenant sur soi, et que ça merde plus, au final, qu'en poussant une bonne gueulante ferme et définitive. Ou alors c'est ma conception du respect qui est bizarre : j'ai pas besoin d'écraser les autres pour me sentir considérée. Si c'est la loi du plus fort qui prévaut, je suis clairement pas respectable...
A part ça, Sido a détourné le col de sa salopette pour en faire un collier plastron, et ça tue !
Je sais même pas par où commencer tellement ça m'a fait mal, tellement c'était con, tellement j'hallucine qu'il y ait des gens machiavéliques à ce point, pour rien, parce que leur vie pue et qu'ils sont aigris avant même d'avoir trente ans.
Hier soir, donc, je termine ma journée à Allauch, après un mois chargé en embrouilles avec le bureau, une semaine chargée en heures, et un week-end chargé en embrouilles avec les patients (je vous en parle après, promis). Un peu fatiguée, un peu affamée, mais ça va, je suis presque en week-end, c'est l'infirmier que j'aime bien qui vient faire les soins, et ma patiente a passé une bonne après-midi (pas de gratouille, pas de salivation, pas d'encombrement dans les bronches, pas de nez qui coule, pas trop de difficultés à parler, bien, quoi). L'infirmier arrive, donc, se réjouit que ma patiente ait tenu toute l'aprèm sur son fauteuil, on la remet au lit, on fait les soins du soir, et je l'installe sur le bassin pour son petit pipi vespéral. Je reviens au salon chercher les cale-pieds du fauteuil pour aller les ranger à côté, mon patient fume une clope avec le copain de sa fille (celle que je peux pas blairer et c'est réciproque), et je dis "Ah, c'est le mien, ce briquet ?", à quoi il répond "Oui oui, il trainait là", et je conclue en disant "Pas de problème, faudra juste que je pense à le prendre en partant", ou un truc du genre. Je sais, pour le palpitant on repassera, mais voilà en gros les prémices du drame. Je finis de ranger ce qui traine au salon, je remets mon patient au lit à son tour (en vrai on intervient surtout pour madame, mais on s'occupe aussi de monsieur, qui trouve ça bien pratique), je papote un peu avec eux à propos du programme télé (Forrest Gump, pas trop merdique, pour une fois), je demande à ma patiente si elle a fini avec le bassin et elle me dit "Va fumer ta clope tranquille, je reste encore un peu". Bien.
Je retourne donc au salon, les deux affreux ont fini de diner, et plus de briquet rouge sur la table. Tiens. L'aurais-je mis dans mon sac en mode somnambule ? Se cacherait-il sous la boite de kleenex, le torchon, les papiers ? Nada. Comme j'évite d'adresser la parole au petit couple, à part bonjour en arrivant, je m'abstiens de demander au gars si par hasard il sait où est passé mon briquet, des fois qu'en plus il le prendrait comme une accusation de vol, et comme il y en a un jaune qui traine sur la table devant lui, je le prends et j'allume ma clope. Et là, l'hallu totale, il me dit d'un ton super agressif "Vous pouvez pas demander, avant ?". Sur le coup, j'ai cru qu'il rigolait, vu qu'il venait d'utiliser le mien pendant une demi-heure sans trop se poser de questions, mais en fait non, il ne rigolait pas du tout, et il a enchainé avec un sacré ramassis de conneries : je lui manque de respect, je lui tourne autour, je parle toute seule (ah nan, ça c'est pas une connerie, autant pour moi), on n'est plus chez soi, je fais ce que je veux quand il est pas là mais je le respecte quand il y est, tu fais ton travail et tu te tais, et pour finir, il va m'apprendre le respect et y en a marre des chtarbées. Je suis restée tellement saisie que j'ai pas trop su quoi répliquer, genre sur le coup du briquet, le fait qu'il répond une fois sur douze à mes bonjours et le fait que laver, étendre, ramasser et plier son linge ça fait pas partie de mon taf mais je le fais quand même. Je lui ai juste demandé s'il n'avait pas vu mon briquet (les idées fixes, j'vous jure, des fois...), et aussi en quoi je lui manquais de respect, et en quoi je lui tournais autour, et il m'a répondu "C'est comme ça, y a rien à ajouter, le débat est clos". Ah bon, parce que t'as l'impression qu'on a débattu, là ?? Putain, te lance pas en politique, mec...
Après ma clope, je suis retournée voir ma patiente, pour enlever le bassin, et son mari me demande ce qu'a son beau-fils (bah oui, de la chambre, on entend au salon, quand les gens gueulent). Je finis la toilette de ma patiente, et je me tourne vers le mari en disant "Pour répondre à votre question" et j'enchaine avec le coup du respect et de on n'est plus chez soi, en précisant que oui, c'est normal, il y a des intervenantes 24h sur 24 (j'ai zappé les insultes, pas la peine d'en rajouter non plus). Comme le babyphone était allumé, je pense que j'ai été entendue du salon, donc de la fille et du beau-fils - j'ai amorcé un geste pour l'éteindre, mais bon, qu'ils assument, après tout. Après, je vais aux toilettes, et j'entends le beau-fils qui vient dire au revoir, mon patient qui lui demande ce qu'il y a eu, et lui qui dit "Nan rien, c'est bon". Curieuse façon de considérer les choses, et manière pratique de me faire passer pour une paranoïaque...
Raph estime que ça n'est pas normal que je me sois écrasée comme ça, et me conseille d'en parler avec les délégués du personnel, voire carrément de porter plainte (pour un briquet, pas sûr que le tribunal valide...). Le truc, c'est que j'étais dans un cadre professionnel, que je ne peux pas demander à mes patients de prendre partie, que le gars est plus chez lui que moi, et aussi et surtout, que mon attitude générale consiste à fuir les conflits ouverts quand la communication ne passe manifestement pas. D'abord parce que j'ai qu'une vie, et que je vais pas la gaspiller à m'engueuler avec des gens obtus, et ensuite, parce que c'est une technique qui a très bien marché avec ma mère (quand je suis remontée à Paris) et avec mon frère (quand je suis partie en pension), donc je sais pas bien en utiliser d'autres. Si les gens ne m'apprécient pas, ou ne m'apprécient plus, et que la discussion n'est pas possible, je ne vois pas bien ce que je peux faire de plus que partir, en fait. Et que je passe pour la méchante, la faible ou la conne, je m'en carre, puisque je ne revois plus les gens.
Je ne peux pas m'empêcher de penser qu'ils ont du manigancer ça tous les deux, la fille se doutant bien que je ne répliquerais pas (je le fais rarement, en général je prends sur moi, vu que je suis pas là pour être sa copine mais pour m'occuper de sa mère). Je pense qu'ils en ont ras-le-bol de leur situation, parce que revenir chez papa-maman (ou pseudo-beau-papa et pseudo-belle-maman) à presque 25 ans c'est un peu la loose, y glander tous les week-ends, c'est réellement la loose, et voir des étrangers à longueur de temps, c'est relou. Mais comme ils n'ont pas le choix (pour les étrangers, hein, parce que c'est pas très compliqué de sortir faire des trucs si on n'est pas bien à la maison), et que je suis la plus "différente" du lot des auxiliaires, et qu'il fallait que ça pète à un moment, ben c'est moi qui ai tout pris en pleine gueule.
Je l'ai maudit de m'avoir fait pleurer (deux heures et demi hier soir et une demi-heure au réveil, performance, tout de même), de m'avoir poussée à boire - soyons francs, j'aurais jamais pu dormir si j'avais pas tombé le rhum arrangé offert par le copain de ma mère, et de m'avoir fait écrire au boulot pour dire que je n'y retournais plus le dimanche, ce qui risque de faire un sacré trou dans ma paye. Et puis après coup, je me suis dit que non, j'y retournerais, dimanche, parce que c'est pas un connard de merdeux qui va faire sa loi. Et si ça lui pose un problème, de me revoir, pas de souci, j'ai une semaine pour fourbir mes arguments. Le coup de lui tourner autour, c'est pas compliqué : soit il entend par là que je le drague, et faut qu'il consulte d'urgence pour nymphomanie exacerbée, soit il veut dire que je passe mon temps à éviter de lui rentrer dedans quand on se croise dans le couloir ou à l'entrée d'une pièce, et là, faut qu'il déménage d'urgence, parce que j'ai pas le super-pouvoir d'intangibilité. Et pour le coup du respect, j'avoue, pour moi, ne pas répondre à un bonjour n'est pas un manque de respect, c'est un manque de politesse et d'éducation - d'où le fait que je continue à leur dire bonjour, à lui et à sa meuf, même s'ils ne répondent pas, parce que c'est ma façon de montrer que leur attitude ne me touche pas vraiment : qu'ils répondent ou non, je reste polie, c'est pas leur comportement infantile qui va me faire changer de principes. Quant au linge, ils peuvent se brosser, aussi bien lui que elle - terminé, l'étendage des strings et des tee-shirts fashion.
Donc voilà, encore une galère de plus. Et puis samedi après-midi, on va boire un verre en terrasse à Auchan, avec mon patient, vous savez, celui qui m'a branchée, à qui j'ai dit non et pourquoi, puis qui m'a ressorti des propos salaces une fois par mois, donc à qui j'ai dit que j'avais été claire et que c'était pas la peine de me la refaire toutes les semaines, celui qui s'est offert une branlette en douce au prétexte qu'il avait la teub coincée et qu'il fallait que je la tire, encore un peu, oui, voilà (désolée d'être naïve mais des fois, ils sont assis dessus et c'est pas très agréable, donc j'y ai cru), celui qui me parle régulièrement de cul et de ses expériences et de comment qu'il regrette trop de pas baiser plus souvent qu'une fois par mois avec une professionnelle (oui je sais, la vie est dure, et la tienne encore plus que la mienne, mais les services sexuels sont pas encore bien développés dans ma boite, et je t'ai déjà expliqué que je fais pas de free-lance). Et donc on boit un verre, et il m'en propose un deuxième, donc je dis non merci (dans le cadre des accompagnements, c'est au patient de payer les sorties, et à l'accompagnatrice de pas en abuser), et il me dit "Tu peux me rembourser", pause. Ici, une parenthèse technique s'impose : les personnes trachéotomisées se fatiguent moins quand elles parlent sur l'expiration, logique, du coup leur phrasé est un peu haché, et des fois on se fait avoir, la phrase n'est pas finie mais on croit que oui et on répond, donc là, je lui dis "Oui, c'est vrai, je peux aussi te rembourser la semaine prochaine", et là en fait il termine sa phrase : "En branlette ou en pipe, si tu veux". C'est comment le bruit du canard, déjà ? Ah oui, c'est ça. Ben, non, c'est pas trop mon truc, j'en ai trop fait (tu parles d'une réplique culte...), et puis sérieusement, tu crois vraiment que je vais te taper une sègue en plein centre commercial un samedi après-midi ? Un de plus à recadrer à la première occase, parce que si je dis à Arcade "Ben je vais plus à Fuveau le lundi, pis je vais plus à Allauch le dimanche, pis je vais plus à La Valentine le samedi", ils vont finir par me dire "Ben vous allez au Pôle Emploi, alors". D'où, on y vient, le titre de ce billet : le turn-over chez les mamies, ils connaissent, rapport à la grande dépendance qui se créé entre la dame et son aide ménagère, mais ils ont peut-être pas encore capté que pour le handicap, des fois, c'est pareil. J'ai pas changé ma façon de travailler, mais apparemment, au bout d'un an et demi, ça commence à coincer. Plus à cause de l'entourage familial que des patients eux-mêmes, d'ailleurs (à part le cas particulier évoqué ci-dessus). Mais le résultat est le même : dur de bosser correctement dans un environnement tendu, dur de garder des bonnes relations avec les patients quand autour on se prend des sales réflexions, dur de constater qu'on croit bien faire en prenant sur soi, et que ça merde plus, au final, qu'en poussant une bonne gueulante ferme et définitive. Ou alors c'est ma conception du respect qui est bizarre : j'ai pas besoin d'écraser les autres pour me sentir considérée. Si c'est la loi du plus fort qui prévaut, je suis clairement pas respectable...
A part ça, Sido a détourné le col de sa salopette pour en faire un collier plastron, et ça tue !
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