comment planter intégralement une matinée, en quatre étapes.

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Dans l'optique d'offrir enfin à André la machine à pâtes d'un prix tout à fait raisonnable qui me fait de l'oeil depuis des mois dans une petite boutique de Grand Littoral (centre commercial de l'Estaque, pour les estrangers), je pars en mission mardi matin, nantie d'une motivation à toute épreuve, et d'une liste de courses symboliques histoire de dissimuler mon véritable but.
 
Sur place, ça commence mal, j'ai beau fouiller les recoins de la boutique, pas de machine à pâtes, cruelle absence confirmée par la vendeuse - "Mais on va bientôt en recevoir, ne vous inquiétez pas" - ah, mais c'est que je comptais l'offrir ce soir, en fait... Bon, c'est pas grave, je suis également chargée d'une mission pétrole pour chauffage de Fanny, parce que quarante euros le premier prix chez Super U, faut pas déconner. Chance, ici le bidon de vingt litres n'est qu'à dix-sept euros (soit le prix Super U avant qu'il commence à faire vraiment froid, ces gens n'ont aucune morale, exploiter aussi vilement le besoin bien compréhensible de maintenir une température supérieure à 15 dans un grand appartement, franchement, c'est honteux).
 
J'appelle André, combien tu veux de bidons, ben deux ça serait un bon début, ah oui, mais ça tient pas bien dans les paniers à roulettes, il me faut un caddie. Et là, ça part en couilles. Je suis au niveau supérieur du magasin, je me suis garée devant la porte d'entrée, sur un parking où il y a très normalement des rangées entières de chariots qui n'attendent que mon petit jeton, mais non, je traverse tout le Carrefour, prends l'escalier pour descendre au rez-de-chaussée, sors chercher un chariot au parking du bas, remonte avec par l'escalator de la galerie, et retraverse le magasin pour aller me démonter les biceps à mettre deux bidons dans le chariot (qui du coup est plein). Je réussis même à caser quatre bidons d'eau déminéralisée, histoire d'avoir de la réserve. Je redescends tranquillement vers les caisses, en prenant au passage six ou sept gels douche, des ampoules basse conso et des cotons-tige, parce que faudrait pas oublier l'essentiel. Enfin, quand je dis "tranquillement", c'est en réalité après moult crises de nerfs devant l'absence manifeste de coopération du chariot à vouloir prendre les virages (curieusement, avec 60 kg de liquides, ça devient moins maniable).
 
A la caissière, j'annonce fièrement que "je paye par carte", ce qui d'habitude a le don de me faire sentir très adulte (comme faire le plein de la voiture ou signer un chèque de caution pour un appart, en plus fréquent). Sauf que là et ben en fait non, parce que le portefeuille est resté près de l'ordi, ça m'apprendra à commander en ligne. Mortification aigüe, j'en rajoute une couche en demandant s'il n'y a pas un distributeur pas loin, la caissière me rétorque gentiment que sans la carte, je peux rester longtemps à l'admirer, le distributeur, et me dit que si j'enlève le pétrole, mon cash devrait suffire, "De quoi vous avez besoin, en vrai ?" - ben, de pétrole... Marrant comme d'un coup, je me sens beaucoup moins adulte, et beaucoup plus conne. Finalement, je garde un bidon de pétrole, un d'eau déminéralisée, un paquet de cotons-tige, et les deux ampoules. Grrr.
 
Le retour est à la mesure, je traverse deux fois l'intégralité du parking, la sortie étant en fait juste derrière l'endroit où je m'étais garée, et quand je m'apprête à récupérer mon sac et à descendre de la voiture, je réalise que le glou-glou que j'ai entendu pendant tout le trajet n'était pas celui du pétrole sagement enclos dans son bidon, mais celui de l'eau déminéralisée qui s'écoulait hors du sien, et dont quatre litres ornent à présent le sol côté passager. Voici donc la première voiture avec piscine intégrée.
 
C'est pour le moins furax que j'arrive enfin à la maison, et je m'attaque rageusement aux emballages des ampoules pour passer mes nerfs ailleurs que sur André. Las, il fallait s'y attendre, si le premier que j'agresse se laisse gentiment faire, le deuxième en revanche se précipite violemment par terre, dans un grand cling de verre brisé.
 
Bilan : pas de machine à pâtes, peu de pétrole, plus d'eau déminéralisée, et neuf euros d'ampoule gâchés en moins de dix secondes. Heureusement, le mardi matin n'arrive qu'une fois par semaine...
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Publié dans petites histoires

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