techniques de cicatrisation en surface

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D'abord, bien sûr, se prendre une claque.
Digérer à feu doux, en se grattant un bout de bras.
Ecrire pour s'alléger, être lue dans la minute par les amis dont on a le plus besoin pour commencer à remonter la pente.
Les voir arriver une demi-heure après, se vidanger les yeux sur leur épaule.
Les voir repartir trois heures après, toujours courbaturée mais apaisée quand même.
Dormir mieux avec un chat chaud dans les bras.
 
Commencer la journée du lendemain en pissant dans un flacon, pour se rappeler la nature profonde du genre humain.
Sortir acheter des vêtements dont on n'a pas besoin, se sentir plus légère d'une centaine d'euros.
Lire un bouquin triste, ne pas pleurer.
Faire une séance de kiné, ne pas s'endormir trois quarts d'heure sous les coussins chauds, conclure qu'on est moins détendue que la veille.
Appeler une amie pour la remercier de son texto de soutien, apprendre qu'elle est dans le même cas que soi, fêter ça par une murge aux mojitos, rentrer à deux heures du matin, savourer le fait que le trajet est en ligne droite.
Dormir un peu avec un chat chaud dans les bras.
 
Rater le réveil, partir à la bourre, penser que la dernière fois qu'on s'est levée encore aussi bourrée, on s'est recouchée.
Remercier l'expérience décadaire de la conduite, se mettre en pilote automatique, ne pas avoir d'accident.
Arriver en retard au boulot, tanguer entre le lit médicalisé et le respirateur, boire des litres d'eau, les gerber dans l'évier, dire tout haut qu'on espère que c'est pas une gastro.
Attendre que ça passe.
Aller dîner chez les amis en question, manger un plat de montagnards, écouter Francis Caïbrel et attraper des crampes de rire, rentrer en se disant à demain.
Tomber en panne sur l'autoroute du retour, oublier de mettre le frein à main en s'arrêtant sur la voie d'urgence, pleurer sur le bas-côté, pleurer dans la voiture, pleurer dans la dépanneuse, pleurer en remontant sa rue, regarder les horaires de bus pour aller bosser le lendemain, publier un billet pour évacuer.
Dormir très peu avec un chat chaud dans les bras.
 
Partir à l'aube du troisième jour, appeler la responsable de garde, lui pourrir le week-end dès 6 heures du matin.
Redécouvrir le bruit et l'odeur du métro, prendre un café en attendant le bus, marcher le long de l'herbe givrée, arriver une demi-heure en avance au boulot, échanger des histoires d'accidents avec la fille de la nuit.
Passer la matinée à regretter de ne plus avoir de clopes.
Assister l'infirmière, être contente qu'elle soit là quand le respirateur se met à sonner, connecter le ballon de respiration manuelle, le presser doucement, le relâcher de même, avoir conscience qu'on tient le souffle de la personne entre ses mains.
Prendre la voiture de rechange amenée par la collègue, la poser au métro en conspuant la boite, arriver à la Valentine par la ville, se conspuer d'avoir oublié la feuille de présence à faire signer pour être payée, rejoindre le patient.
Piquer les frites dans l'assiette du patient en attendant la séance de ciné, recevoir un cadeau d'anniversaire de sa part, voir son sourire en lui faisant une bise, plaisanter avec sa soeur, apprécier d'être là avec eux.
Regarder James Bond, sortir avec G. pour aspirer ses sécrétions pulmonaires, ne pas paniquer devant la panne de l'appareil, appeler sa mère pour qu'elle apporte l'aspirateur de rechange, rater les trois quarts d'heure du milieu du film, rassurer G., guetter la soeur qui doit revenir avec l'appareil, réessayer la manip en l'attendant, trouver la panne, éviter la détresse respiratoire et l'intervention des pompiers, s'excuser auprès de la soeur qui revient trempée avec l'appareil, retourner voir la fin du film, se dire qu'on le louera en dvd.
Laisser la voiture de fonction à la soeur pour rester avec G. dans le taxi-bus au cas possible où le respirateur arriverait au bout de sa batterie, le rassurer encore en précisant qu'on a utilisé le ballon manuel le matin même pour la première fois.
Subir la foule de la zone commerciale pour récupérer la deuxième passagère du taxi, rentrer chez G., remercier sa mère pour le cadeau, s'excuser du dérangement pour l'aspirateur de secours, constater qu'on a dépassé l'horaire d'une demi-heure, tracer pour arriver à l'heure chez le troisième patient de la journée.
Rejoindre l'autoroute, conspuer les consommateurs qui sortent de la zone commerciale en ce samedi de courses de noël, conspuer les conducteurs qui roulent à 30 en ville alors qu'il n'y a personne, conspuer les consommateurs qui s'engouffrent dans l'autre zone commerciale à 7 heures du soir et bouchonnent la route, arriver quand même à l'heure.
Apprécier d'être au travail chez des gens sympa, projeter un sushi ensemble pour la veille du réveillon, discuter informatique et jeux vidéos, guetter la fin de la journée.
Arriver comme une pile électrique sous cocaïne chez les amis, manger bien encore, se confier à l'amie, rire au récit des péripéties de la journée de l'ami, se sentir honorée et reconnaissante qu'on prenne soin de soi.
Dormir un peu plus pour récupérer des 14 heures de boulot. Penser furtivement au chat.
 
Prendre le petit-déjeuner avec l'amie levée pour vous, lui souhaiter une bonne grasse matinée, promettre de la revoir bientôt, mettre un quart d'heure au lieu de trois pour aller au boulot.
Arriver chez la patiente, apprendre qu'elle s'est endormie à pas d'heure parce qu'elle a voulu regarder la série télé qu'on lui a conseillé, passer la journée avec elle, la faire rire, partir deux heures plus tôt parce que ses parents sont rentrés, apprécier la délicate attention.
Ramener la voiture empruntée, rentrer à pied, se faire brancher par un lourd, lui dire les choses poliment, le retrouver deux cent mètres plus loin, lui dire les choses moins poliment, constater que même sans crier ça marche, continuer sa route.
Rentrer chez soi sans guetter la lumière à la fenêtre, caresser le chat, se mettre des barrettes partout pour se couper les cheveux, prendre une douche, trouver que les barrettes vont bien, les garder.
S'installer à l'ordi, faire les comptes, faire le bilan mensuel des heures travaillées, plannifier la matinée du lendemain qui s'annonce chargée.
Recevoir un appel de sa mère, lui expliquer la situation, découvrir avec étonnement que le gros de l'orage est déja passé.
Mettre de la musique, écrire.
 
Savoir que ça n'est pas fini.
Retrouver le sourire.
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Publié dans petites histoires

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