Martine accompagnatrice
Voilà un moment que ce blog n'avait plus hébergé le récit désopilant de quelque aventure folklorique. Celle d'aujourd'hui est particulièrement gratinée, quoique compréhensible presque uniquement par les conducteurs de la région marseillaise - qui ne sont pas légion à lire ces pages.
Chapitre I - Où tout démarre classique.
Exceptionnellement, Mme S. (ma petite centenaire du mercredi) ayant docteur cet aprèm, je fus missionnée pour aller faire les courses en compagnie de Mme K., habitant du côté de St Antoine. St Antoine, pour vous situer, c'est l'Hôpital Nord où je suis allée voir la mère d'Harold courant avril et mai, et où j'ai accompagné Mme G. cet été tenir compagnie à son mari au service des maladies tropicales (tout un programme) ; c'est aussi La Gavotte et Les Pennes Mirabeau, où je suis venue chercher Albert, mon handi du samedi, pendant les grandes vacances. C'est aussi là que j'ai bossé un vendredi récent, passant plus de deux heures à attendre que l'oculiste de Mme Q. daigne honorer son rendez-vous. Bref, c'est un coin que sans fréquenter toutes les semaines, je commence à connaître. Croyais-je...
D'abord, ça commence mal, je pars de la maison à deux heures moins dix pour être chez Mme K. à deux heures, sachant que j'avais au minimum vingt minutes de trajet. Pas très grave dans la mesure où c'est pour des courses, pas pour un rendez-vous médical. Profitant d'un feu rouge, j'essaye discrètement de téléphoner à la dame pour la prévenir de mon possible léger retard, mais ça sonne occupé, tant pis, elle attendra. Ah oui, précision utile, avant de me lancer dans le trajet, j'avais fait un repérage sur mappy, qui conforte mon idée directrice : une fois sur l'Autoroute du Littoral (sa vue sur les docks, son joli viaduc, ses friches industrielles délabrées de part et d'autre), je prends la sortie "St Antoine - Hôpital Nord" et j'arrive à bon port en dix minutes.
Chapitre II - Où la situation se corse.
Je bombarde donc allègrement à 110, fulmine vaguement contre un poids-lourd un peu lent, et guette le panneau salvateur. Roulant à droite, je m'engage direction St Antoine avant de faire une savante manœuvre de rabattement, me disant in extremis que non, la sortie de l'hôpital est indiquée par un panneau, et si je sors à St Antoine "Village", j'en ai pour une demi-heure à retrouver ma route au milieu des feux rouges et des ronds-points. Hélas, trois fois hélas… Que n'ai-je encore une fois suivi mon intuition… Le doute m'assaille quand, une fois dépassée la sortie en question, je ne vois qu'une autoroute qui continue de monter à travers la garrigue, direction Lyon, Montpellier, Aix… Rha les cons, ils ont enlevé LE panneau dont j'avais besoin !!!
Je bifurque vite fait vers Aix, en me disant que je trouverais bien une quelconque sortie annexe pour faire demi-tour. Je commence à stresser légèrement, le compteur tourne et il se peut que Mme K. soit déjà en train de flipper (pas trop grave, je la rassurerais en arrivant) ou de râler (plus embêtant dans la mesure où elle va le faire auprès de mon employeur, devant qui j'aurais bien l'air cruche d'avouer que j'ai raté la sortie). Là-dessus, ouf, des mots que je comprends, un endroit que je connais : la sortie Les Pennes Mirabeau - Plan de Campagne (pour les estrangers, c'est THE zone commerciale entre Aix et Marseille). Je pourrais toujours retomber sur mes jantes, l'honneur sera sauf, j'aurais juste un quart d'heure de retard, la faute aux taxis qui font rien qu'à faire chier à se mettre en grève intempestivement (l'excuse que la standardiste d'Arcade a sorti à Mme K., qui commence effectivement à se faire du souci).
Je mets un coup de frein, prends donc la sortie des Pennes, et de loin, sur l'autoroute qui s'éloigne, j'aperçois un panneau. Marseille - St Antoine - Hôpital Nord… Non, ne mange pas ton volant, tu en as encore besoin…
Chapitre III - Où l'on s'interroge sur l'acharnement du sort.
Après une sympathique traversée de l'amas tentaculaire des multiples grandes surfaces de Plan-de-Campagne (heureusement moins fréquenté qu'un dimanche soir), j'arrive enfin au pied du Parc Kalliste. Cherchant dans mes petites fiches une indication du bâtiment et de l'entrée où je dois aller retrouver Mme K., je m'aperçois que je n'ai rien. Rien. Les meufs d'Arcade, ça tilte pas quand vous leur parlez de résidence, lotissement, parc et autres campagne machin. Pas percuté qu'en général c'est rare qu'il y ait juste un bâtiment A entrée I. Donc j'appelle la dame, qui m'explique obligeamment comment contourner le premier bâtiment et me prévient qu'elle descend "doucement" me rejoindre au pied du bloc.
Bien. Je passe sur l'épisode des courses, c'est une dame très gentille, on est juste allées au Leclerc de… Plan-de-Campagne, par la nationale, comme ça maintenant j'ai une idée de la configuration de Septèmes les Vallons, petite bourgade sans intérêt autre que de se trouver entre Marseille et P-d-C, de l'autre côté de l'autoroute par rapport aux Pennes Mirabeau (comme ça Papo ne sera pas complètement largué la prochaine fois que vous descendez de Lyon !). Je fais ma mariole pour grimper à pied six cabas remplis de courses, bouteilles, packs de lait, lapins entiers, yaourts par 16, biscottes par 200, etc, au septième étage - l'ascenseur est en panne depuis un an et demi, mais bon, si la mamie le fait, a priori, je peux le faire.
Elle m'offre un excellent café, trois parts de cake au chocolat, un bol de graines de grenade au sucre, et tout son carnet de chèques d'accompagnement, me disant de noter quatre heures d'intervention (au lieu de trois) puisque de toute manière son carnet se périme demain et qu'elle n'y a plus droit. Tiens oui, la parenthèse de scandalisation du mois : à l'heure où on nous bassine avec la solidarité inter-générations, les jours ex-fériés travaillés au bénéfice des petits vieux, la cohabitation rassurante et pacifique entre une mamie un peu seulette et un étudiant boutonneux, et bien le gouvernement a décidé que les carnets de déplacement mensuel offerts par les caisses de retraite ou le conseil général, maintenant, c'est à partir de 80 ans, point. Avant, si t'es mal, si t'es seul, si t'as faim, si tu t'emmerdes entre les quatre murs de ton hlm pourri, eh ben tu peux crever. Ca fera toujours ça de moins à la collectivité.
Chapitre IV - Où l'on peut décemment envisager une reconversion professionnelle dans n'importe quel autre boulot mais plus celui-là.
Bref, je repars de chez elle à cinq heures et demi, en me disant que j'ai finalement pas perdu mon après-midi. Ah. Ah. Ah. Ah. Alors là, sur ce coup, je pense qu'à 80 ans, justement, je m'interrogerais encore sur les raisons profondes et inconscientes qui m'ont poussée à tourner à droite pour récupérer l'autoroute, tout en sachant PARFAITEMENT qu'il fallait tourner à gauche pour rejoindre le centre-ville. Me voilà donc repartie, en pleine heure de pointe, direction Martigues - Marignane - Fos, tournant allègrement le dos à ma destination à moi, rrrrrrrrrrrrrrr… En même temps, je connaissais déjà la technique de rattrapage, ayant fait un repérage trois heures avant : demi-tour à Plan-de-Campagne, bien sûr...
L'avantage, c'est qu'en direction de Marseille centre, à cinq heures du soir, tu te sens pas seul, sur la route. Ceci dit, tout allait globalement bien. Les gens continuent à croire que passer à 70 devant un radar leur donnera un bonus, les motards continuent à pas te dire merci quand tu t'écartes pour les laisser filer, le panneau lumineux annonce comme tous les soirs le traditionnel "A7 > Vieux Port - Bouchon : 4 km", bref, la routine.
Chapitre V - Où y a des jours où se lever s'avère une grave erreur.
Je commence à m'interroger en arrivant à l'endroit où, ayant laissé derrière moi toutes les sorties desservant les quartiers périphériques, je constate avec quelque effroi que les trois voies, qui mènent respectivement, pour celle de droite, à la gare St-Charles, et pour celles du centre et de gauche, à la Porte d'Aix, sont littéralement à l'arrêt - du moins, roulent si peu que l'illusion est presque parfaite. Ça, même quand on sait que l'autoroute se termine par des feux rouges, c'est pas tout à fait normal.
Au bout d'une demi-heure (à 0.2 km/h le trajet se rallonge, forcément), j'aperçois une grosse flèche lumineuse clignotante, indiquant manifestement que la voie de gauche est victime d'un accident quelconque et qu'on en est réduit à mendier l'aumône d'un rabattement sur la file d'à côté. Et ben non. C'est pas la voie de droite, c'est les deux voies de droite qui sont condamnées - autrement dit, exit la sortie Porte d'Aix, allez tous vous agglutiner à St Charles. Je me retiens de demander aux flics plantés là pourquoi le panneau lumineux croisé auparavant indique obstinément un bouchon habituel, plutôt que cette dérivation extraordinaire.
Chapitre VI - Où l'on ne peut que tirer des conclusions impératives.
Donc voilà, ce fut la blagounette du jour. Du coup j'ai bien mérité les pseudo quatre heures d'intervention chez Mme K., puisque entre mon erreur stratégique d'embranchement sur l'autoroute, mon demi-tour folklorique à Plan de Campagne, et ma sortie habituelle fermée, je suis arrivée à la maison à sept heures moins le quart. Un record. Je pense que je vais me coucher très très très tôt, j'ai bien l'impression que mes lacunes nocturnes commencent à avoir des effets secondaires déplorables !!
Chapitre VII - Suite et fin d'une journée culte.
Pour continuer dans la lancée d'une semaine entamée sans vilain jeu de mots sur les chapeaux de roues, la responsable des accompagnements m'annonce cet aprèm au téléphone que ma vignette assurance se périme demain et qu'il faut que je passe chercher la nouvelle avant la fin de la semaine. C'est gentil, ça. Je suis passée au bureau lundi et mardi, mais ça doit être tellement une joie de m'y voir qu'une fois de plus, bah… Je lui dis ok pour demain ou vendredi midi, tant pis, je rognerais sur toutes mes pauses-déjeuner cette semaine, c'est bon pour la ligne, y paraît.
Eh ben non. En fait, j'aurais juste pas de pause-déjeuner demain, ni après-demain d'ailleurs, parce qu’une autre responsable de secteur m'appelle dans la foulée pour m'informer obligeamment que comme Mme V. est folle de moi, j'interviendrais deux jours de suite pour la faire manger. O, joie. Donc en gros, amies chômeuses, profitez bien de la vie. Moi, j'enchaîne 8h30-11h à la Pointe Rouge (= une extrémité de Marseille en bord de mer, une seule route pour y aller, une seule route pour en sortir), avec un passage à Castellane (si près de chez moi…) pour récupérer cette p*** de vignette, suivi de 12h15-14h15 chez Mme V. en plein centre-ville, puis ??-?? à Roquevaire pour une dame qui s'est cassé un bras. Je ne sais pas où c'est, mais c'est loin. En même temps je comprends qu'en habitant dans ce coin paumé on ait besoin d'aide avec un bras dans le plâtre (en gros sur la carte, le chemin où habite la dame en question débouche dans la Forêt de Font Blanche, ça sonne-t-y pas bucolique et paisible à souhait…).
Le bisounours de la journée, quand même, c'est le charmant kiné qui va me papouiller les omoplates en début de soirée - eh non, c'est même pas mon homme, que j'aurais peut-être une chance d'apercevoir s'il rentre un peu tôt du cyber-café de son pote Marc. Et vendredi, ah ah, la blague, démarrage 8h chez Mme M., avec qui on a eu une salutaire mise au point ce matin (en gros, elle m'a avoué que ma façon de faire le ménage la stresse plus qu'elle ne la soulage, et je lui ai répondu que ses remarques acides et son absence de consignes claires sont loin de me mettre en joie), puis de nouveau chez Mme V., et puis, quand même, l'aprèm chez mamie clafoutis, à prendre le soleil en taillant les géraniums. Ne vous étonnez pas si je m'éclipse du monde des vivants lors de mon trop court week-end…
Chapitre VIII - Où l'on termine sur une anecdote pour le plaisir de l'image.
Vous vous souvenez peut-être de mes multiples déboires avec les pompes à essence récalcitrantes de la station Total de Ste Marguerite. J'ai appris le truc, en réunion d'accompagnatrices, le mois dernier. En fait il suffit de ne pas trop enfoncer le pistolet dans le trou du réservoir et ça marche tout seul. Ah ben oui. J'ai testé. La distance idéale entre la sortie du pistolet et l'entrée du réservoir est d'environ deux mètres douze. Toute la subtilité est de trouver l'équilibre entre la quantité d'essence qui se déverse dans la voiture, et celle qui atterrit immanquablement sur vos jolies chaussures de fille toutes neuves. Après, vous pouvez aller voir Irina avec un sourire un peu crispé, pour lui demander du sopalin.
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